Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Aimer Béthune
  • Aimer Béthune
  • : Le blog d' "Aimer Béthune" : infos diverses sur la vie béthunoise et tant d'autres choses...
  • Contact

Recherche

8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 22:36

Des artistes aussi divers que Michel Houellebecq, Christian Clavier ou Karl Lagerfeld se sont inquiétés récemment d’un retour rampant de la censure.

Depuis quarante ans, nos gouvernants se sont mis en tête d’éradiquer la bêtise. La loi Pleven de 1972 condamnant les propos discriminatoires peut être considérée comme le point de départ de cette évolution. Bien d’autres lois ont suivi, toutes rédigées avec les meilleures intentions du monde, mais qui ont considérablement limité le champ de la liberté d’expression. Ce corpus juridique est aujourd’hui heureusement peu utilisé, hormis par quelques associations spécialisées et personnalités procédurières, mais il définit un cadre potentiellement très dangereux, qui explique à la fois la judiciarisation du débat public en France, et le développement des phénomènes d’auto-­‐censure. Si ces lois étaient appliquées à la lettre, rares sont les écrits ou les paroles qui échapperaient à la justice.

Nous nous sommes tournés vers John Stuart Mill et son essai On Liberty (1859) pour retrouver les principes fondateurs de la liberté d’expression. Nous en avons tiré la conviction que tout ce qui a trait à la définition de la « vérité » ou de la « morale » doit être ouvertement autorisé. Nous faisons le pari, à la base de nos démocraties, que l’individu est rationnel, et que l’opinion, correctement informée, est mieux à même de trancher le bien et le mal que les tribunaux. Comme le dit Jamel Debbouze, « laissons les imbéciles dire tout et n’importe quoi ». Seul le souci de ne pas faire de mal à autrui doit pouvoir restreindre la liberté d’expression...
Munis de ces principes solides, nous avons passé en revue la législation française. Si l’on peut sourire du délit d’ « outrage à Ambassadeur », d’ « opinions contraires à la décence » ou de « diffamation à l’encontre des administrations publiques », comment tolérer qu’un véritable délit de blasphème ait été réintroduit par la Cour de Cassation ? que les lois mémorielles empêchent les historiens de faire leur travail (si elles avaient existé dans les années 60, jamais on aurait pu montrer que le massacre de Katyn avait été perpétré par les Russes et non par les Nazis) ? que chaque communauté se dote de son association spécialisée traquant toute critique (une plainte pour « discrimination envers la communauté des femmes rondes » a récemment été déposée) ? que l’on ne puisse pas montrer, dans un reportage, un vigneron qui prend plaisir à boire son vin ? que l’usage trop aisé de la diffamation soit devenu une arme politique ? qu’un simple « retweet » puisse valoir une mise en examen ?
Le législateur, en abandonnant tout principe, a mis le juge dans la position impossible de rétablir le bon sens. En ajoutant exception après exception, restriction après restriction, il s’est fait l’homme de main d’une société frileuse et inhibitrice, détruisant cet « esprit français » fait d’excès, d’esprit et d’espoir...

Par Aurélien Portuese - Juriste, Maître de Conférences à l’Université de Westminster et Gaspard Kœnig - Philosophe, Président de GenerationLibre.

"C'est le propre de la censure violente d'accréditer les opinions qu'elle attaque."
Voltaire

 

Partager cet article

Repost 0
Published by le modérateur - dans réflexions diverses
commenter cet article

commentaires