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Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 14:43

Comme nous aujourd’hui, vous avez certainement reçu dans vos boîtes aux lettres la dernière production hautement littéraire de la mairie de Béthune, ce tract quadrichromique magnifique tiré sur un luxueux papier glacé et sobrement intitulé « Le mercredi 18 mars 2009, Stéphane SAINT ANDRE, Maire de Béthune et son équipe municipale ont définitivement tourné les pages du passé ! »  Un message d’une importance capitale si l’on en juge par la dépense que dut occasionner un si bel ouvrage !

 

Hélas ! Force est de constater que le déchiffrage de ce somptuaire somptueux document, qui, disons-le de suite, échoue à ré-enchanter le champ (béthunois) du politique ainsi que le rêvait peut-être humblement Monsieur SAINT-ANDRE, contribue à provoquer quelque hilarité linguistique chez tout lecteur digne de ce nom.

 

Voyez vous-mêmes : le texte original a été laissé en noir, les termes en gras et en italique sont ceux qui, pour une raison ou une autre, nous ont interpellés, nos commentaires sont en rouge.

 

« Si je suis particulièrement heureux, aujourd’hui, de vous recevoir à Béthune, c’est que je suis convaincu  -il y a des convictions qui tuent par les sacrifices qu’elles nécessitent, mais quand elles n’engagent que la parole, elles restent toujours tout à fait inoffensives et surtout sans conséquence- que votre combat est essentiel dans la lutte contre le rejet de la politique que l’on prête souvent à notre jeunesse. -Ah la jeunesse ! Elle est prétexte à tout ces derniers temps, on lui prête tous les vices, on lui impute tous les maux (drogue, violence, dépravation, déculturation…) et pourtant on ne voit qu’elle, tout ce que l’on fait, c’est pour la sauver d’elle-même : quel bel argument démagogique que la jeunesse !  Il serait quand même dommage que « la valeur des valeurs » soit sacrifiée sur l’autel de la corruption en politique » - considérations philosophiques assez obscures qui eussent mérité quelques éclaircissements pour les pauvres citoyens que nous sommes. Pourtant, il me semble que ce fléau constitue un nuage – Oui, messieurs dames, vous avez bien lu, c’est terrible, ce fléau constitue un nuage. Sans blague. L’abus de métaphores nuit gravement au sens d’une phrase, mais bon sang que c’est drôle, n’est-ce pas ?- de plus en plus menaçant –Oh que oui ! Nous tremblons comme des feuilles devant ce fléau/nuage de « la valeur des valeurs » sacrifiée sur l’autel de la corruption en politique, ne tremblez-vous pas vous aussi ? En tout cas, il y en a au moins un qui tremble : c’est ce discours dont la syntaxe est bancale !- dans notre horizon – L’horizon étant une ligne, on se positionnera difficilement dedans. Il est urgent de faire de la politique « autrement », en se plaçant sur le terrain d’une « honnêteté » indispensable à toute action publique –« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément » écrivait judicieusement Boileau. On voit ici que Monsieur Saint André peine à la tâche : il essaie, se bagarre avec les mots, se collette avec le concept, mais malheureusement le terrain de l’honnêteté est si meuble qu’il se dérobe sous ses frêles petons.

 

 

Si la notion de morale s’avère trop conjoncturelle et individuelle pour guider nos choix, l’honnêteté, elle, est immuable et suffisamment socialement consensuelle –Chapeau bas, c’est le pompon ! Voilà qu’il nous livre une de ces phrases indigestes dont les hommes politiques français semblent défendre chèrement le secret honteux, un art oratoire singulier qui relève de la logorrhée de bonimenteur sertie de grands mots creux (la notion de morale, l’honnêteté, la solidarité, la justice, la fraternité etc. ad nauseam), de concepts obscurs (l’ordre juste, la valeur travail, « la valeur des valeurs »…), de métaphores pléthoriques douteuses (comme ce fameux fléau qui constitue un nuage menaçant…), d’une accumulation gauche d’adverbes et d’adjectifs assommants (cf. le splendide « suffisamment socialement consensuelle »), le tout dans un registre lyrique dégoulinant de bons sentiments simulés- pour constituer un repère qui doit toujours être un garde-fou –Donc si nous avons bien compris, il faut nous appuyer sur l’honnêteté –qui, ceci dit en passant, n’a rien à voir avec cette garce instable qu’est la morale-  pour nous guider, car en proie à son seul libre-arbitre, l’homme serait fatalement conduit à faire un choix criminel, sa nature étant mauvaise, vénale et concupiscente. On sent bien là la lecture assidue de Kant !

 

 

Bravo, donc, pour votre travail sur le cumul des mandats –Tiens donc ! Monsieur le maire n’est-il pas également vice-président dArtoisCom, du Sivom du Béthunois … ? Ciel ! mon garde-fou ! Bravo pour votre alerte sur l’éventuelle réforme de la justice et sur la nécessaire indépendance des magistrats au regard du pouvoir politique. Bravo pour votre contribution essentielle à la démocratie participative. Pommade démagogique.  

 

 

Alors je suis heureux aujourd’hui –Encore ? Deux fois dans la même journée ! Il faut pourtant bien veiller à ne pas épuiser son stock de bonheur- d’être signataire de votre charte d’éthique, en souhaitant vivement que ce document ne soit pas une simple compilation de bonnes intentions –De toute évidence, il ne tient qu’au signataire de prendre au sérieux le contenu de cette charte, d’y voir autre chose qu’ « une compilation de bonnes intentions » ou, en d’autres termes, de lui donner un sens. Le document ne prendra pas sens tout seul et ne sera certainement pas un gage d’éthique politique si ses recommandations ne sont pas suivies d’effets. Monsieur Saint André peut bien faire autant de souhaits ou de prières qu’il veut, tout appuyé qu’il est sur le garde-fou de sa probité, si les actes ne suivent pas, la charte restera un vœu pieux.

 

 

Je m’engage personnellement à respecter vos recommandations, –On attend de voir-

-          d’une part parce que je pense que réintroduire une dose d’éthique –Pas plus : l’éthique est à consommer avec modération- en politique est un passage obligé –On sent l’enthousiasme ! pour que les générations futures –La jeunesse encore à naître : l’hyperjeunesse. Cf.paragraphe 1 le prétexte de la jeunesse- s’engagent dans l’action publique.

-          d’autre part, je ne crains pas la transparence et la vérité qui n’irritent, comme le disait La Rochefoucauld, que les menteurs. –Tellement c’est beau, ça se passe de commentaire !

A Béthune, il est temps de tourner la page, la page du clientélisme effréné.  -Deux remarques à faire. Premièrement, pour toute personne nouvellement installée à Béthune : il conviendrait de vous informer sur les trente dernières années politiques de notre ville, un vrai feuilleton digne de Dallas avec Jacques Mellick dans le rôle de l’affreux J.R., mais n’en parlons plus, la page est tournée… paraît-il. Enfin, pour les béthunois avertis : on touche enfin au vif du sujet, à savoir les motifs qui ont poussé M. Saint-André à commettre un tel tract, et ce n’est résolument pas pour vous informer de la signature de la charte éthique des collectivités locales. Bien que son nom ne soit pas cité, ce tract  vise clairement M.Mellick et ses partisans, et il faudrait effectivement débarquer tout juste à Béthune pour ne le pas comprendre… La charte éthique apparaît enfin pour ce qu’elle est vraiment au fond : l’outil d’une basse –et bien petite- vengeance de M. Saint-André contre M. Mellick. Une motivation bien sombre qui ne laisse rien présager de bon quant à la pérennité de la charte en question !

 

 

J’ai avec ma majorité municipale mis fin à une politique précaire du personnel qui lève toutes les ambiguïtés qui régnaient dans cet hôtel de ville  -Syntaxiquement improbable, lexicalement hasardeux. Et dadaïste cette politique précaire du personnel qui lève des ambiguïtés !

En signant cette charte éthique des collectivités locales, je m’engage au-delà des mots –Ce n’est en effet pas une mauvaise idée que de s’engager au-delà des mots, car, comme nous l’avons vu précédemment, au niveau des mots, les choix de M. Saint-André sont bien souvent malheureux… à faire de cette ville un laboratoire de la démocratie participative. -Et il n’a rien d’un savant fou car, répétons-le, il est confortablement assis sur le garde-fou de son honnêteté.

En signant cette charte, je m’engage au-delà des symboles à donner un véritable sens aux mots Solidarité, Justice et Fraternité –Cf. paragraphe 2 sur les grands mots prononcés avec des accents lyriques.

 

Je souhaite donc très sincèrement qu’ANTICOR et la Ville de Béthune fassent une longue route ensemble, jalonnée d’honnêteté et d’éthique –c’est bien parti, non ?

Par C.DERUELLE - Publié dans : NOUVELLES - Communauté : bethune
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