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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 16:45

Il n’y a donc pas que le front social. Emmanuel Macron doit affronter, aussi, les élus locaux de tout poil pas contents. Des maires du Massif central refusent de le rencontrer et appellent à décrocher son portrait. Des responsables régionaux sortent de la conférence des territoires. La ministre déléguée est sifflée lors d’une convention. Et l’immense François Baroin bombe sa puissante poitrine, dans le Journal du Dimanche, et « tire la sonnette d’alarme ».

Le problème ? Les économies. Le raisonnement ? Il faut faire des économies, la France en a besoin. C’est sûr. Mais pas chez moi. Comprenez : moi, élu local, je ne peux pas. Ce que je fais est absolument fondamental. Macron, la République, Paris, ne venez pas piétiner mes plates-bandes, ou la gironde se dressera.

En France, on ne peut pas faire du social sans dépenser plus. En France, on ne peut pas faire de la politique territoriale sans dépenser plus. Emmanuel Macron qui veut remettre la France dans les clous de toutes les autres nations européennes est donc qualifié in petto de Président des riches et de jacobin insensible. Banquier, il méprise les pauvres, forcément ; inspecteur des finances, il dédaigne les provinciaux, forcément.

On peut trouver cocasse, en vérité honteux, que des élus de droite se mobilisent pour défendre bec et ongles des dépenses publiques et les emplois aidés

Si la France est en échec sur les plans sociaux et territoriaux, la cause en est connue. Toujours et partout la même : la faute aux moyens qui manquent, à la rigueur, aux dépenses que l’on a trop coupées. La cause du mal français n’est jamais ces politiques publiques en question, archaïques, mal positionnées, ne correspondant plus aux besoins et aux souffrances d’aujourd’hui. Encore moins à cet excès de poids du domaine public à tous les niveaux. Non. Le manque de moyens ! Ces funestes économies décrétées à Bruxelles et à Bercy, qui répandent le malheur. Dès lors, que l’on puisse essayer de faire une bien meilleure action sociale en transformant les politiques publiques et en dépensant moins ne vient pas à l’esprit. Dès lors que l’on puisse repenser le développement des territoires autrement que par le fisc et la subvention n’est pas admis.

Maquis des responsabilités. Le plus singulier dans la guerre entre Macron et les édiles est que la bataille budgétaire est incompréhensible. Le maquis des responsabilités et des financements est tel que les deux camps affirment le contraire et qu’on s’y perd. Gérald Darmanin, dans le même JDD, expose que 2018 sera « le budget le plus favorable aux collectivités locales depuis dix ans. Dans le quinquennat précédent, on leur avait enlevé 10 milliards d’euros. En 2018, nous augmentons les dotations de près de 400 millions ». Mais les élus hurlent sur les APL, les emplois aidés, la suppression d’un fonds de 450 millions, la fin de la taxe d’habitation, et, monstruosité des monstruosités, la demande que leur adresse le président de la République de trouver 13 milliards d’économies sur le quinquennat : 13, le chiffre du diable.

On peut trouver cocasse, en vérité honteux, que des élus de droite se mobilisent pour défendre bec et ongles des dépenses publiques et les emplois aidés. Emmanuel Macron fait ce qu’ils n’ont jamais eu le courage de faire. Mais l’essentiel est que la volonté de réformes et d’économies butte, ici encore, sur l’enracinement si profond et si ancien de la cécité et de l’immobilisme. Il y a en France trop de communes, trop de regroupements de communes, trop de départements, trop de régions et on y ajoute des métropoles.

Du coup il y a beaucoup trop d’élus, de responsabilités partagées, diluées, opaques. La décentralisation, nécessaire, a été faite depuis les années 1980 « à la française » : créer des administrations nouvelles sans jamais supprimer les anciennes, ou pire en vérité, sans jamais complètement transférer les responsabilités, provoquant des doublons, des conflits, et, in fine, des fonctionnaires en plus.

 

 

 

Les effectifs des collectivités locales ont été multipliés par 2,5 depuis vingt ans. Les villes ne savent même plus en calculer le nombre exact. Les horaires sont scandaleusement inférieurs à toutes les autres activités

C’est tout cela que François Hollande aurait dû remettre à plat. Mais élu local lui-même, venant d’un parti qui a camouflé sa vacuité intellectuelle toujours plus grande par une présence territoriale toujours plus vaste, il n’a fait que compliquer l’écheveau.

La France territoriale est très mal gérée. La Cour des comptes ne cesse de le démontrer. Les recrutements de personnels sont l’illustration de cette inefficacité. Les effectifs des collectivités locales ont été multipliés par 2,5 depuis vingt ans. Les villes ne savent même plus en calculer le nombre exact. Les horaires sont scandaleusement inférieurs à toutes les autres activités. L’absentéisme supérieur. Et les politiques d’avancement dans les échelons scandaleusement laxistes. Les investissements, note la Cour, dépendent « du cycle des élections », doux euphémisme qui signifie que le but est d’être réélu.

Maires admirables. Il faut dresser un portrait équitable. Etre maire reste admirable. La plupart des élus se dévouent à la cause publique, ils sont mal payés et ils s’exposent juridiquement dans cette société de précaution. Beaucoup font du bon travail. Il faut dire aussi qu’après avoir augmenté leurs recettes et leurs dépenses de façon irraisonnée depuis vingt ans, allant bien au-delà des responsabilités transférées, les collectivités se sont serré la ceinture depuis 2015, la moitié des économies globales ont été faites par elles. Les élus ont du coup la fausse impression d’avoir fait tous les efforts possibles et que désormais on va toucher l’os.

Des métropoles émergent et des zones non-reliées à elles qui se désertifient sans qu’on ait de stratégie

Ils ont en vérité d’énormes marges. Mais plutôt que d’espérer ralentir le train et plutôt que de manifester pour récupérer des crédits, il leur faut, comme l’Etat, repenser entièrement leur fonction. Il est temps surtout de remettre à plat l’organisation territoriale, trop complexe, trop lourde, trop inefficace. Les élus souffrent des économies, ils devraient retourner la contrainte et prendre en charge la construction d’une France neuve. La métropolisation, la chute de l’industrie et l’économie agrégative des activités (les unes attirent les autres comme dans la Silicon Valley) en sont les caractéristiques. Un nouvel aménagement est à penser.

Des métropoles émergent et des zones non-reliées à elles qui se désertifient sans qu’on ait de stratégie. Du coup, dans ces trous, « 77 villes de 20 000 à 50 000 habitants (soit 23 %) et 4 villes de plus de 100 000 habitants sur 39 » ont un problème insoluble de financement, dit la Cour. Ce n’est que le début. La reconstruction de la carte de France est beaucoup plus dynamique ici et plus dramatique là, en tout cas beaucoup plus forte que ne l’imaginent la grande majorité des élus. Le XXIe siècle ne fait que commencer, le réchauffement climatique aussi. Les enjeux de demain méritent mieux que des grognements de circonstance et des bombements de torse pour défendre des prés carrés anciens.

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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