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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 15:54

Jean Dupont est agressé dans une rue sombre par un olibrius ; il se défend comme il peut pendant quelques minutes, jusqu’à l’arrivée de la police. Le lendemain dans le journal, il lit ce compte rendu : «Jean Dupont impliqué dans une lamentable bagarre de rue.» Telle est la mésaventure arrivée mercredi soir à Emmanuel Macron. Pris sous un torrent d’invectives, accusé de tous les maux de la terre, attaqué sans cesse au-dessous de la ceinture par une candidate qui a fait exploser le record des mensonges proférés dans un débat de ce genre, il lit le lendemain dans les journaux qu’il a participé à un débat indigne, sans élévation, un pugilat cathodique qui ne fait pas honneur à la République. Et le lecteur non averti en déduit qu’il est coresponsable de cette lamentable bagarre de rue.

Apparemment, l’opinion dans son ensemble ne s’y trompe pas puisque toutes les enquêtes post-débat donnent Macron vainqueur, à plus de 60%. Mais un tiers des spectateurs disent le contraire, chiffre énorme quand on juge le débat sur la forme. On peut penser que le crime ne paie pas et que Marine Le Pen a détruit sa propre crédibilité présidentielle en choisissant le pugilat, comme si elle ne croyait pas à sa victoire et cherchait seulement à se poser en future cheffe de l’opposition. Ses explications sur les deux monnaies qu’elle envisage de faire cohabiter sont inexistantes ; le report de la retraite à 60 ans en fin de mandat est une manœuvre d’amateur ; sans la sortie de l’euro, elle aussi repoussée de plusieurs années, son programme n’est plus financé, puisque l’argent devait venir d’une banque centrale française soumise au gouvernement, laquelle ne peut voir le jour sans briser les traités européens. Marine Le Pen explique benoîtement qu’elle a «un peu bousculé les codes». Toujours cette dénonciation du «politiquement correct» ou du «médiatiquement correct» qui couvre les pratiques les plus grossières et les mensonges les plus éhontés. Marine Le Pen n’a pas bousculé les codes de la bienséance, mais ceux de la vérité.

Stratégie consciente ou simple dévoilement de la vraie nature de l’extrême droite ? Ou encore incompétence camouflée par l’agressivité ? Certains se rassurent en se disant que les choses sont claires, désormais. Marine Le Pen est un Trump au féminin, ou un troll de la politique. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour baisser la garde : Trump a été élu.

Et aussi

• Le «rolling» des Echos donne un point de plus à Macron. L’écart s’élargit un chouia, puisque Marine Le Pen tombe sous la barre des 40% (à 39%). Mais les effets du débat sont encore difficiles à appréhender.

• Mieux qu’un sondage : plusieurs proches de Marine Le Pen confessent discrètement leur consternation devant la prestation de leur championne. Peut-être y trouve-t-on l’explication toute bête de cet étrange événement : la candidate n’est pas bonne, voilà tout.

LAURENT JOFFRIN

Lettre de campagne

 

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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