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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 12:45

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, il est frappant de constater à quel point les thèmes au cœur de la campagne présentent tous une dimension au moins autant européenne que nationale : incertitude économique, terrorisme, crise migratoire, défi climatique, montée des discours populistes et extrémistes, place de la France et de l’Europe dans le nouveau « désordre » mondial. Afin de surmonter ces multiples sujets de tensions, il est urgent d’analyser avec objectivité les raisons des faiblesses de la construction européenne, telle qu’elle a été façonnée par ses Etats membres, et d’énoncer un nouveau projet politique clair sur ce que devraient faire respectivement l’Union européenne et ses Etats pour répondre aux attentes légitimes de leurs citoyens face aux défis actuels.

Encore faut-il, pour cela, répondre au préalable à quelques questions structurantes : quels sont les valeurs et intérêts communs qui unissent aujourd’hui les Européens ? Quels sont les défis et les objectifs collectifs qui requièrent à l’évidence une action commune ? En quoi une démarche d’unité ou de coopération entre les pays européens, dans un monde globalisé et incertain, est-elle préférable au repli sur l’Etat-nation ?

Les sujets d’intérêt collectif en Europe sont nombreux. Dans le domaine économique, au-delà de la monnaie, la stabilité financière s’est peu à peu imposée comme un bien commun à protéger dès lors que la crise de l’un des Etats membres de l’UE peut menacer la stabilité de l’ensemble de la zone euro. En matière migratoire, les gouvernements et les opinions publiques ont aussi découvert qu’une frontière nationale, en Grèce ou en Italie par exemple, pouvait aussi constituer un segment des frontières extérieures communes de l’UE et que, dans ces conditions, la protection de son intégrité était un enjeu commun pour tous les Etats membres.

Ce questionnement concerne finalement tous les facteurs essentiels de la puissance comme les politiques de sécurité : qui peut sérieusement contester la dimension transfrontalière du terrorisme actuel ? Et qui ne voit pas que l’efficacité de la lutte antiterroriste passe par une coopération plus étroite entre les Etats membres de l’UE au sein d’un projet européen renouvelé ?

La «renationalisation» ne saurait apporter la solution à des phénomènes qui dépassent manifestement les nations: elle n’arrêterait pas l’afflux des migrants, ne répondrait pas aux fragilités économiques, ne rendrait pas la politique plus éthique, ne mettrait pas un terme aux menaces terroristes

Emmanuel Macron est le seul à porter une ambition à la fois renouvelée, claire et cohérente quant à l’avenir de l’Union européenne et de la contribution que la France peut y apporter. Ce projet d’avenir, le fondateur d’En Marche ! en a tracé les contours, notamment dans son discours à l’Université Humboldt de Berlin, en proposant de « construire une Europe de la souveraineté » pour répondre aux attentes légitimes des citoyens notamment en termes de sécurité et auxquelles l’Union européenne doit désormais s’efforcer d’apporter des réponses concrètes, pour faire la démonstration aux citoyens de sa réelle et pleine utilité face aux menaces actuelles.

Aujourd’hui plus encore qu’hier, les enjeux internationaux mettent en question la capacité collective des Européens à répondre aux défis lancés par les transformations géopolitiques et macroéconomiques mondiales. C’est le cas pour l’organisation de la sécurité collective mais aussi pour la régulation des flux migratoires, la lutte contre le réchauffement climatique, ou encore la gestion des nouveaux rapports de force économiques mondiaux, tant sur le plan commercial que dans le domaine du numérique. Le projet d’une « Europe de la souveraineté » permet aussi de remettre à leur juste place les questions de souveraineté, de subsidiarité et, in fine, d’efficacité de l’action publique.

De fait, une « Europe de la souveraineté » est une Europe qui renforce la souveraineté de la puissance publique, qu’elle s’exerce au niveau national ou européen, les deux niveaux n’étant pas antinomiques mais au contraire complémentaires. L’Union européenne et les Etats européens, dans le modèle démocratique qui est le nôtre, ont la même raison d’être : protéger la sécurité de leurs citoyens, à la fois physiquement et économiquement, tout en garantissant le plus grand espace possible à la liberté individuelle. La préservation de l’ouverture des frontières et des valeurs fondatrices de la construction européenne appelle d’elle-même la constitution d’une telle « Europe de la souveraineté », sans quoi le risque du repli national ne fera que s’amplifier et le projet européen sera menacé.

Le repli national ne remédierait en rien aux désaccords européens, au contraire. L’acrimonie à l’égard de «Bruxelles» se transformerait en rancœur à l’égard des Etats voisins, qui reprendraient le rôle de bouc émissaire qu’ils avaient avant la construction européenne et qui resurgit périodiquement

Si les leaders nationaux et européens ne mettent pas rapidement en œuvre les réformes qui permettront à l’UE de remédier à ses défaillances actuelles, l’ouverture européenne ne manquera pas de laisser la place au repli national, lequel apportera à l’évidence plus de nouveaux problèmes que de réelles solutions. En particulier, la « renationalisation » ne saurait apporter en elle-même la solution à des phénomènes qui dépassent manifestement les nations : elle n’arrêterait pas l’afflux des migrants, elle ne répondrait pas aux fragilités économiques, elle ne rendrait pas la politique plus éthique, elle ne mettrait pas un terme aux menaces terroristes.

En outre, le repli national ne remédierait en rien aux désaccords européens, au contraire. L’acrimonie à l’égard de « Bruxelles » se transformerait progressivement en rancœur à l’égard des Etats voisins, qui reprendraient le rôle de bouc émissaire qu’ils avaient avant la construction européenne et qui resurgit déjà périodiquement. Ainsi, revenir à une Europe nationale, et donc en définitive à l’« Europe d’avant », serait renouer le fil d’une histoire de divisions politiques que la construction européenne n’a pas fait disparaître mais qu’elle a su entourer de garde-fous.

Si l’on se tourne en revanche résolument du côté de l’avenir plutôt que vers le passé, l’« Europe de la souveraineté » constitue un projet dans lequel la voix de la France peut – et même doit – être légitimement forte, à la fois compte tenu de sa puissance militaire et diplomatique (notre pays sera la seule puissance nucléaire et le seul pays membre du conseil de sécurité des Nations Unies après le Brexit), de la reconnaissance de son expertise de haut niveau en matière notamment de renseignement, de sécurité et de défense ou encore de la solidarité européenne vis-à-vis de la France après les attaques terroristes dont elle a été l’objet. Il est évident que la France pourra retrouver une capacité d’initiative et de leadership sur la scène européenne d’autant plus forte que notre pays retrouvera une crédibilité en matière économique, ce que doit également permettre sur ce terrain le programme d’Emmanuel Macron.

Il semble, par ailleurs, que l’Allemagne est ouverte à ce que la coopération européenne progresse sur ces sujets régaliens, en matière de lutte contre le terrorisme, d’enjeux migratoires, mais aussi en matière de défense face au risque d’affaiblissement des liens transatlantiques annoncé par le nouveau président américain. Les enjeux régaliens sont donc autant de défis communs sur lesquels le moteur franco-allemand peut retrouver un fort effet d’entraînement. Enfin, ce projet peut trouver le soutien de pays traditionnellement moins favorables à l’intégration et répondre à une demande des citoyens européens dans leur ensemble.

Compte tenu du partage de l’exercice en commun de prérogatives régaliennes que ce nouveau projet politique implique – ce qui ne signifie pas nécessairement de nouveaux transferts de souveraineté mais plus certainement un renforcement de la coopération entre (certains) Etats membres –, les exigences démocratiques doivent être prises très au sérieux. En effet, la poursuite du projet européen ne peut plus s’accommoder d’avancées à marche forcée, sous le seul empire de la nécessité, et chaque nouvelle initiative ne peut pas être simplement le résultat de la pression exercée par les crises. Un tel projet doit se construire avec un dessein préalable clair et assuré d’une légitimation politique incontestable.

Redonner du sens à la politique européenne nécessite de remédier sans tarder à ce manque cruel de colonne vertébrale et d’oser débattre publiquement du contenu à donner aux orientations à venir du projet européen. C’est précisément ce que propose Emmanuel Macron.

Dans l'Opinion, par:

Thierry Chopin est professeur au Collège d’Europe (Bruges), visiting fellow à la London School of Economics and Political Science (LSE, European Institute).

 

Thierry Chopin	© François Daburon

Thierry Chopin © François Daburon

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Published by le modérateur - dans infos politiques
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