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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:53

Les critiques dont Emmanuel Macron est l'objet agacent Gabriel Matzneff dans Le Point. Leur violence et leur vacuité lui rappellent de mauvais souvenirs.

Extraits:

Une des surprises de cette période électorale est la résurrection de formules que l'on croyait appartenir à un passé lointain : l'entre-deux-guerres, l'occupation allemande. Quand j'ai commencé à m'intéresser à la politique, c'est-à-dire à l'âge de 12 ou 13 ans, des formules telles que « le candidat des banques », « le laquais de la finance internationale », « le suppôt des Rothschild » n'étaient plus utilisées que par les biographes de Charles Maurras et les spécialistes de la collaboration : de nauséabondes vieilleries que personne, ni à droite ni à gauche, n'aurait songé à exhumer.

Aujourd'hui, curieusement, ces étiquettes reviennent au goût du jour. La semaine dernière, lors d'un de ces débats qui font florès à la télévision française, je les ai entendues dans la bouche d'un jeune journaliste de droite qui les appliquait à Emmanuel Macron, et le ton paisible sur lequel il les prononçait montrait qu'il n'avait pas la moindre conscience des tristes souvenirs auxquels elles sont liées. Des amis me disent qu'elles sont désormais monnaie courante sur ce qu'il est convenu d'appeler les réseaux sociaux. N'étant inscrit ni à Facebook ni à Twitter, je n'ai pas la moindre idée des borborygmes qu'y éructent d'anonymes déficients mentaux, et je m'en fiche comme de ma première barboteuse ; en revanche, quand elles sont débitées sur une importante chaîne de télévision par un jeune monsieur de droite bon chic bon genre, ça fait bizarre.

Pompidou-Macron, même combat

Que des militants d'extrême gauche, des trotskystes, des adversaires opiniâtres du capitalisme se servent de pareils arguments, ce serait à la rigueur compréhensible, mais chez des gens de droite, outre à être déplaisant, c'est irrémédiablement idiot. L'autre jour, dans ces colonnes, je conseillais à Benoît Hamon et à Emmanuel Macron de lire le magnifique discours où Byron prend la défense des ouvriers réduits au chômage par l'industrialisation. Aujourd'hui, je leur recommande la lecture de L'Âge de bronze, un poème polémique où mon écrivain préféré (qui était un admirateur de l'empereur Napoléon Ier, détestait le traître Talleyrand, le prince de Metternich, la Sainte Alliance) reproche aux Rothschild d'être les fidèles amis de Poutine (pardon, je voulais dire de l'empereur Alexandre Ier), de voler au secours des régimes d'extrême droite qui, après la dramatique défaite de Waterloo, triomphent dans l'Europe entière.

Quand les intellos réactionnaires accusent Emmanuel Macron d'être une créature des Rothschild, ils sont donc idiots, car ils ne peuvent qu'inciter ainsi l'électorat de droite à voter pour un si rassurant candidat ; et ils sont doublement idiots, car cet électorat de droite, même s'il ne lit pas Byron, ne peut ignorer qu'un des trois grands présidents (les deux autres sont le général de Gaulle et Mitterrand) qu'a eus la Ve République, Georges Pompidou, avait, des dizaines d'années avant le jeune Macron, suivi le même cursus honorum. Sur la route du palais de l'Élysée, l'amour de la littérature et la banque Rothschild sont des étapes qui valent bien l'École nationale d'administration. Pompidou-Macron, même combat.

 C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. 

Vous vous souvenez de la phrase de Céline que Jean-Paul Sartre cite en épigraphe à La Nausée : « C'est un garçon sans importance collective, c'est tout juste un individu. »

Nous sommes quelques-uns à nous reconnaître dans cette description. En général, attachés à notre singularité, nous sommes très heureux d'être sans « importance collective ». Je confesse toutefois que, dans les périodes électorales, il m'arrive d'envier les gens qui, obéissant à des instructions collectives, à la discipline d'un parti, sont délivrés des hésitations, de ce casse-tête qu'est la responsabilité du choix. Vous êtes républicain ? Vous votez Fillon. Vous êtes socialiste ? Vous votez Hamon. C'est simple, c'est reposant. Quand on n'appartient à aucun parti, à aucune coterie, devoir prendre une décision dans la solitude de l'isoloir peut compliquer la vie...

 Vous avez dit Rothschild ?

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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