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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 09:56

Le 23 avril, les électeurs feront-ils un choix conforme aux enquêtes d’opinion ? A droite et au FN, on développe la théorie du « vote caché », en opposition à « la mode » Macron. Les sondeurs sont plus sceptiques

Les faits. A 23 jours du premier tour de l’élection présidentielle, les enquêtes d’opinion se ressemblent. Emmanuel Macron et Marine Le Pen tiennent le duo de tête et distancent de plusieurs points François Fillon. Mais certains à droite défendent la thèse du « vote caché », selon laquelle une partie des électeurs n’avouent pas aujourd’hui voter pour le candidat LR, abîmé par les affaires, mais finiront par le faire. Plus que caché, le vote des électeurs est fluctuant. Et la part d’indécis rend tout pronostic aventureux.

C’est une enquête qui en réconforte certains à droite. La société canadienne Filteris analyse le poids numérique des candidats sur les réseaux sociaux, les buzz et perceptions positives et négatives. Selon ces critères, François Fillon devance Emmanuel Macron et se place derrière Marine Le Pen. Cela peut paraître anecdotique puisqu’il ne s’agit pas d’intentions de votes. Mais si cette étude trouve un certain écho dans la fillonnie, c’est parce que cette même société avait capté le fort intérêt autour du candidat avant sa victoire à la primaire de la droite.

Et surtout, cela vient un peu plus accréditer l’idée de plus en plus répandue dans le camp Fillon selon laquelle il existerait un « vote caché » pour le candidat LR. « Le vote Fillon est peut-être sous évalué parce qu’il n’est plus politiquement correct », estime le député de la Drôme Hervé Mariton. « Entre le terrain et les sondages, il y a toujours un temps de décalage. François Fillon va augmenter et Emmanuel Macron va baisser. Une partie de notre électorat est en train de se décongeler », pronostique un député LR.

Voilà qui permet à la droite, de plus en plus désemparée, de se rassurer. Mais le vote caché existe-t-il vraiment ? Les sondeurs restent sceptiques. D’abord parce que les personnes interrogées ne le sont plus en face-à-face ou au téléphone mais via Internet. L’anonymat et le simple clic permettent de franchir l’obstacle psychologique du « vote honteux ». « Aujourd’hui la plupart des enquêtes se font en ligne. Avec ce mode de recueil, il n’y a pas de problème à confesser un vote pour un candidat mis en examen ou un candidat frontiste », confirme Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Le pari de l’abstention. Et la thèse du vote caché ne résiste pas toujours à l’épreuve des faits. Nicolas Sarkozy avait invoqué cet argument lors de la primaire de la droite. « Le vote caché est plus sur moi que sur Marine Le Pen », affirmait-il au JDD début octobre. A la présidentielle de 2012 déjà, le Président sortant développait cette thèse. Dans les deux cas, les électeurs sont restés cachés jusqu’au bout et l’ancien Président a échoué. Aujourd’hui, les sarkozystes en ont tiré les leçons et estiment que le vote caché n’existe pas.

Longtemps, la notion de « vote caché » a été attribuée au Front national, souvent sous-estimé dans les sondages. Avec 25,5 % des intentions de vote dans le Rolling de l’Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio publié jeudi, Marine Le Pen l’est-elle aussi ? Cette étude quotidienne ne lui a jamais accordé plus de 27 %, alors que le Front national a obtenu 27,7 % au premier tour des élections régionales de décembre 2015.

Participation. Dans l’entourage de la candidate, on a évidemment intérêt à affirmer qu’elle terminera beaucoup plus haut, au-dessus de 30 %, le 23 avril. Avec un argument : le taux de participation mesuré actuellement par l’Ifop est de 63 %. Mais il est beaucoup plus bas chez les moins de 35 ans (52 %), les travailleurs indépendants (57 %), les ouvriers (55 %) et les employés (53 %). Ces catégories votant fortement pour le FN, le parti fait donc le pari qu’une participation finalement plus importante profitera à Marine Le Pen.

Le vote pourrait en effet se cacher dans l’abstention. « Les électeurs de droite en France représentent plus que les 18 % attribués aujourd’hui à François Fillon. Il peut donc y avoir une surabstention de cet électorat d’une part et d’autre part, un vote réceptacle des électeurs de droite à l’endroit des petits candidats, comme Nicolas Dupont-Aignan », souligne Frédéric Dabi. Aujourd’hui, l’abstention est évaluée autour de 36 % selon l’Ifop, soit huit points de plus qu’à la présidentielle de 2002, qui avait connu une abstention record.

Polarisation. A gauche, personne n’évoque un éventuel vote caché. En revanche, au PS, on est convaincu que le score de Benoît Hamon dans les sondages est inférieur à celui qui sera dans les urnes mais selon une autre mécanique que celle d’une réserve de voix masquée. « Les sondages sont le reflet d’une campagne compliquée. Aujourd’hui, les gens qui sont sollicités sur leur intention de vote se déterminent davantage sur la question : votre candidat fait-il ou non une bonne campagne ? Mais dans l’isoloir, les électeurs vont retrouver les fondamentaux du vote pour Benoît Hamon, ils vont réactiver le clivage gauche-droite », analyse le Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis.

Dans l’entourage du candidat socialiste, on insiste aussi sur l’absence de « cristallisation ». « Les électeurs sont perdus. La tectonique des plaques, avec Manuel Valls qui se rallie à Emmanuel Macron et qui affirme pouvoir travailler avec François Fillon, est très présente. Tout va donc se jouer dans les derniers jours », affirme Mathieu Hanotin, codirecteur de la campagne.

Parmi les proches de Benoît Hamon, on observe aussi « la mode » qui entoure en quelque sorte Emmanuel Macron. Un vote qui nierait l’existence des traditionnels affrontements politiques. « Pour les électeurs, la polarisation traditionnelle gauche-droite a encore du sens », souligne Emmanuel Rivière, directeur général de Kantar France (Sofres). Ce qui est nouveau dans cette campagne, ce sont les questions sur la place du curseur ».

Indécis. Plus que caché, le vote des électeurs est surtout fluctuant. Ainsi, dans le secret de l’isoloir, les Français tentés par l’aventure Macron pourraient-ils finalement se rabattre sur François Fillon, homme de droite qu’ils connaissent depuis trente ans ? Et ceux qui se refusaient jusque-là à voter Front national pourraient-ils glisser le bulletin de Marine Le Pen dans l’urne, dégoûtés par les affaires Fillon ? La part d’indécis rend tout pronostic aventureux. Selon un sondage Odoxa pour France Info publié le 24 mars, 43 % des Français ne savent toujours pas pour qui voter.

Un autre ressort, plus psychologique cette fois, pourrait aussi chambouler les résultats. « En général, la raison l’emporte sur le plaisir, explique Emmanuel Rivière. En 2012, Jean-Luc Mélenchon a subi cette règle en dégringolant dans les sondages au fur et à mesure que l’on se rapprochait du premier tour. Les électeurs, pour faire barrage à Nicolas Sarkozy, se sont résolus à voter François Hollande. Cette année, pour la première fois, cela pourrait être l’inverse, le désir pourrait l’emporter sur la raison, à gauche comme à droite. C’est précisément la mécanique du vote caché ». Lequel reflète une envie, pas un calcul. Mais, prévient Emmanuel Rivière, « le vote caché est mauvais signe. Cela n’atteste pas d’une capacité de rassemblement du candidat susceptible d’en bénéficier ».

L'Opinion du 31.03.2017

 

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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