Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Aimer Béthune
  • Aimer Béthune
  • : Le blog d' "Aimer Béthune" : infos diverses sur la vie béthunoise et tant d'autres choses...
  • Contact

Recherche

18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 15:14

À l'abri d'une gauche incapable de dénoncer son programme économique, Marine Le Pen se contente de surfer sur l'actualité pour caracoler en tête.

 

Pourquoi Marine Le Pen ne fait-elle pas campagne ? Parce qu'elle n'en a pas besoin. Tout lui fait ventre, si j'ose dire. Les violences urbaines, la menace terroriste, la déstructuration sociale, la montée du protectionnisme, la pétaudière des "affaires" et le sentiment d'impuissance qui gagne la société.

À croire que le scénario haletant que nous vivons ces temps-ci a été écrit pour elle. C'est pourquoi, contrairement aux oracles, Marine Le Pen est en mesure de gagner l'élection présidentielle. Tous les sondages du second tour la donnent perdante à plates coutures, mais ce type de sondages n'est fiable, d'après les spécialistes, qu'après le premier tour...
Avant le "oui" de la Grande-Bretagne au Brexit ou la victoire de Donald Trump aux États-Unis, rares furent les commentateurs sérieux à considérer que ces deux hypothèses étaient possibles. Or, la France vit, comme ces deux pays, une crise de nerfs sociale, identitaire. Mêmes causes, mêmes effets ? En tout cas, ne commettons pas les mêmes erreurs aujourd'hui.

Que les médias continuent de le nier contre toute évidence ne change rien à l'affaire : le FN a mué. Le croquemitaine censé faire peur à l'électeur n'a plus de couteau entre les dents. Le mouvement lepéniste n'est pas seulement comme au temps jadis un ramas de braillards racistes, fascisants. Après le départ forcé du père, les jobastres d'hier sont toujours là, mais ils semblent noyés dans la masse mainstream des militants.

À force de réfuter le réel, la bien-pensance "fait le jeu du Front national", pour reprendre l'une de ses expressions favorites. Sa stratégie perpétuelle de diabolisation ne fait que "victimiser" Marine Le Pen en renforçant son image de martyre de l' "antisystème". Au lieu de se contenter de convoquer, à son propos, les hydres de Vichy et "les heures les plus noires de notre histoire", pourquoi ne pas s'attaquer aussi à son programme économique ?

Si la presse gnangnan et la gauche "oui-oui" sont bien en peine de dénoncer les fantaisies économiques du FN, c'est que, sur ce plan, elles disent à peu près la même chose : elles sont pareillement convaincues que deux et deux font sept, voire plus. La "banalisation" du parti mariniste qu'elles dénoncent avec tant de trémolos, c'est d'abord leur œuvre. Elles ont beau se tortiller, elles ne peuvent cacher une certaine communauté d'esprit avec Mme Le Pen, qui multiplie, goguenarde, les appels pour un rassemblement des "patriotes de droite ou de gauche" contre les "mondialistes".

La France est-elle prête pour Marine Le Pen ? Observez comme notre pays s'enfonce dans cet état de délitement qui préfigure les agonies, quand le malade, saisi de convulsions, commence à se retrancher du monde en ronchonnant contre la terre entière. Pendant que François Fillon est mis à mal par le tribunal populaire et que sa candidature pour le moment prend l'eau, le pays paraît mûr pour toutes les aventures, toutes les guignolades.

"Changement de pré réjouit les veaux", dit le proverbe. Frivolité ? Inconstance ? Même si les sondages ne le reflètent pas encore, les Français ont envie de renverser la table. Comme aux États-Unis, une partie des classes moyennes s'appauvrit dans l'indifférence de la classe politique. Quant aux "cols bleus" ou aux "petits Blancs," ils souffrent, devant les usines fermées, d'un sentiment d'abandon auxquels Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, avec des arguments différents, sont à peu près les seuls à répondre.
Benoît Hamon les a rejoints en reprenant à son compte une grande idée : le revenu universel, cher à Milton Friedman, libéral et monétariste, Prix Nobel d'économie, père de l'école de Chicago. Le candidat socialiste l'a dénaturée en la transformant en allocation supplémentaire et bien sûr perpétuelle.
Voilà un politicien qui aurait beaucoup amusé Roberto Rossellini : le grand réalisateur italien aimait rappeler qu'en napolitain le mot "travailler" n'existe pas (on dit "faticare"). "Quand on a un gouvernement, persiflait-il, la moitié des Italiens réclament une pension." Hamon fait mieux : ce sera une petite pension pour tout le monde, l'Allemagne paiera !

À sa manière, Marine Le Pen est gramscienne, du nom du grand théoricien italien et marxiste Antonio Gramsci, qui a pourri pendant onze ans dans les geôles de Mussolini. Après avoir beaucoup travaillé sur la question de l'hégémonie culturelle, il avait montré l'importance de la domination idéologique de la société civile avant la prise de pouvoir politique. Force est de constater que le souverainisme lepéniste a beaucoup cheminé dans les têtes ces dernières années.
À en croire Gramsci, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. "La crise, écrivait-il, consiste dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés."

 

Publié le  Le Point
Image de KAK

Image de KAK

Partager cet article

Repost 0
Published by le modérateur - dans réflexions politiques
commenter cet article

commentaires