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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 18:28

Un géographe américain, Mike Davis, a écrit en 2005 un petit opuscule qui a fait date : Le stade Dubaï du capitalisme (Les Prairies ordinaires, Paris, 2007). Il y fait de Dubaï l’emblème absolu du capitalisme, avec cette ville surgie du désert en trente ans, où l’argent est le seul moteur, où la société n’existe pas, pas plus que les citoyens réduits à leur seule dimension de consommateurs. Acmé absolue du libéralisme triomphant, Dubaï en est en même temps le symbole de sa chute à venir, tant le système économique mis en place paraît insoutenable, au sens économique, écologique et moral du mot.

La démocratie française serait-elle en train de dépasser ce stade Dubaï ? C’est l’opinion dominante. L’acmé semble passé depuis longtemps et l’on assiste aujourd’hui au délitement complet d’un système politique devenu impuissant tellement il semble vide, à un moment où les citoyens affirment vouloir reprendre un pouvoir qui leur a trop longtemps échappé en licenciant violemment tous ceux qui les ont dirigés depuis dix ans.

Faisons une autre hypothèse : notre système politique est au contraire en train d’atteindre ce stade Dubaï défini par un mélange de vide absolu de la pensée et de trop-plein de ce qu’il est censé incarner (pour Dubaï, l’argent ; pour la démocratie française, le vote citoyen avec des individus qui ne veulent plus que se faire entendre personnellement et qui sont incapables d’imaginer l’intérêt général).

Les candidats en lice, ...ont tous deux caractéristiques communes : ils n’ont que le mot « démocratie » à la bouche d’une part ; ils proposent aux citoyens un voyage dans un pays qui n’existe pas mais qui leur plaît, probablement parce qu’il les dépayse. Le pays de la fin du travail pour Benoît Hamon, la France qui n’a jamais existé pour Marine Le Pen, la société sans conflits pour Emmanuel Macron avec sa France réconciliée autour de figures tutélaires qui ont passé leur vie à s’affronter et qui se trouvent enfin réunies dans le propos du jeune candidat. Et la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui veut redonner la parole au peuple sur le vieil air de la lutte des classes.

Ruse. Pourtant, la France a une histoire faite d’immigrations et de responsabilité européenne, n’en déplaise à Marine Le Pen. La lutte des classes n’est plus le moteur de l’histoire, malgré Jean-Luc Mélenchon. Le travail et son corollaire, le chômage, existent encore bel et bien et sont d’ailleurs la première des préoccupations des Français (mais peut-être n’est-ce pas impératif pour les bobos des grandes métropoles qui ont voté pour Hamon et qui ont déjà intégré la fin du salariat dans leurs pratiques économiques). Quant au conflit en politique, il structure non seulement la société mais toute la vie de notre pays. Il ne faudrait pas que la négation de ce conflit et de sa négativité soit une ruse définitive de « ceux qui vont bien » pour imposer à « ceux qui vont mal » leur vision du monde.

Peut-être faudrait-il rappeler à tous les candidats que le réel est têtu, que le monde n’est pas fait pour aboutir à un beau discours malgré le rêve de Mallarmé qui le voulait semblable à un beau livre, qu’il est violent, inégal, conflictuel… et surtout qu’il ne nous attend pas ?

Hakim El Karoui dans l'Opinion du 6 février 2016

Le stade Dubaï de la démocratie française

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