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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 17:58
Le journal "L'Opinion" a été fondé par Nicolas Beytout, ancien président des Échos et ancien directeur des rédactions du Figaro; il en est le premier actionnaire et directeur de la rédaction.
Il décrit ainsi son journal comme libéral « mais pas de droite », pro-européen et pro-business.
Il précise précise : « Libéral parce que nous sommes convaincus que cette école de pensée défend un modèle qui reste le plus efficace pour développer nos sociétés, notre économie, pour produire des richesses et créer du travail. (…) Avoir une ligne « pro-business », c'est défendre l'idée que l'entreprise est le meilleur lieu pour produire la richesse et la faire partager, et qu'il revient à l'État de bâtir autour de l'entreprise un contexte favorable à son développement et à la création d'emplois.
Être « européen », c'est croire que l'avenir d'un pays comme le nôtre passe par un changement d'échelle, et que l'Europe nous offre la meilleure chance d'y parvenir.
Ainsi donne-t-il la parole- ou la plume- à des femmes ou des hommes politiques d'horizon politique divers.
Aujourd'hui, c'est Emmanuel Maurel qui s'y exprime comme chaque semaine dans sa chronique « figure libre ». Il est député européen depuis juillet 2014. Il se définit comme un « Européen convaincu et passionnément Français ». Membre du Bureau national du PS, ancien élève de Sciences Po, il est aussi l’auteur de Leçons de droit constitutionnel et d’institutions politiques.
« Solidement ancré à gauche, rien ne m’est plus étranger que le sectarisme », écrit-il.
 
Chronique du jour: «Mal aux mots»
« De même que les publicitaires détournent les slogans de mai 1968 pour vendre de la lessive, les politiques entreprennent une récupération folklorique des mots qui rappellent les grands élans collectifs de l’histoire nationale : Macron en appelle à la “révolution”, Valls place sa campagne sous le signe de la “révolte” ».
 
A 14 ans, toutes les figures de l’autorité que je côtoyais, à une ou deux exceptions près, se voyaient affublées du qualificatif « fasciste » dès qu’elles me contrariaient. Je me souviens d’une fois où, pour provoquer mon regretté grand-père maternel, gaulliste bon teint et homme d’ordre, j’avais osé, à l’occasion du déjeuner dominical, un sonore « CRS SS » qui me valut l’expulsion immédiate de la table familiale : lui avait vu les vrais nazis à l’œuvre et ne goûtait guère la comparaison.
 
Adolescent, si l’on s’éprend des mots (ceux de la littérature), si l’on en apprend de nouveaux (ceux de l’amour), on n’est pas forcément très regardant avec ceux qui ont trait à l’action publique. La maturité intellectuelle venant, on quitte le monde rassurant du manichéisme (certains le font plus tôt que d’autres, parfois avec regrets), pour entrevoir la réalité sous un jour plus nuancé, et utiliser les mots avec plus de discernement.
 
Cela n’implique pas de renoncer à ses convictions, fussent-elles radicales, et ne constitue en rien un encouragement à la modération. Simplement, l’âge adulte suppose de connaître la charge symbolique des mots. Si la politique consiste à savoir désigner l’ennemi, autant ne pas se tromper de cible.
 
Accorder de l’importance aux mots, les prendre au sérieux, cela fait partie des tâches fondamentales pour un homme ou une femme politique. Cela n’empêche pas, dans l’exaltation d’un discours à la tribune, de se laisser aller à de paresseuses caractérisations : on pardonne aisément celles et ceux qui, dans la chaleur d’une salle acquise, se laissent parfois aller à un tonitruant et sommaire « La gauche c’est mal, la droite c’est bien » ou inversement.
 
Torsions et des maltraitances. Mais, au-delà des excès et des simplifications de tribunes ou de tweets, le langage politique subit des torsions et des maltraitances bien plus inquiétantes. Et si le dérèglement politique actuel, surtout à gauche, est de nature idéologique, il est aussi, et peut-être d’abord, lexical.
 
La stratégie de triangulation, qui consiste à piocher chez l’adversaire des thèmes ou des concepts dans l’espoir de récupérer une partie de son électorat, n’y est pas pour rien. Le Chirac de 1995 ou le Sarkozy de 2007 s’y sont essayés. Le FN est passé champion toute catégorie dans ce domaine, investissant les thématiques et reprenant le vocable d’une gauche trop occupée à paraître moderne, au point d’oublier le mot « ouvrier » comme le déplorait déjà Pierre Mauroy de la campagne de 2002. Les socialistes ne sont pas en reste qui, à l’instar du grand précurseur Tony Blair, n’ont pas hésité, surtout lors de ce quinquennat, à braconner sur les terres libérales en faisant leur une phraséologie qui leur a longtemps été étrangère. Avec un succès mitigé : à force de singer la concurrence, on finit par dérouter ses troupes et ses électeurs.
 
Mais aussi à tenir pour vrai ce qui au départ ne relevait que du seul emprunt tactique. Ainsi, la « bataille culturelle » est-elle perdue quand les mots de l’adversaire sont énoncés comme des évidences.
 
Ainsi, j’enrage de voir des responsables de gauche parler de « charges sociales » plutôt que de cotisations. Ce glissement peut paraître anodin. Mais il revient à changer complètement de grille de lecture : les cotisations sociales, héritage de décennies de luttes sociales, ne sont jamais que du salaire différé, et contribuent à préserver un modèle que le monde entier nous envie. Le présenter comme un fardeau, un poids (« charges »), ça n’est rien d’autre qu’épouser le seul point de vue du patronat et accréditer la thèse selon laquelle il est temps d’en finir avec ces avantages. Pas étonnant que, dans la foulée de cette défaite lexicale, on en vienne à disserter sur le « coût du travail » là où, si l’on était conséquent, on pourrait commencer par évoquer celui du capital, bien plus préoccupant pour la cohésion sociale.
Cette conversion à la novlangue technoïde présente l’avantage de nous offrir des occasions de franches rigolades : tous ces hommes et ces femmes politiques qui veulent « co-construire », ça en fait des bâtisseurs !
 
New public management. Oui, le choix des mots embarque une vision du monde. Quand la droite et la gauche s’inspirent, sans même s’en rendre compte, de la littérature économique dans sa version marketing, ou reprennent en chœur les mots creux du new public management, ils renforcent l’idée de l’impuissance du pouvoir qu’ils font pourtant mine de regretter. La « gouvernance » préférée au « gouvernement », c’est la politique réduite aux acquêts. Cette conversion à la novlangue technoïde présente cependant l’avantage de nous offrir des occasions de franches rigolades : tous ces hommes et ces femmes politiques qui veulent « co-construire », ça en fait des bâtisseurs !
 
Rire : c’est peut-être ce qui nous reste à faire quand, de même que les publicitaires détournent les slogans de mai 1968 pour vendre de la lessive ou des bagnoles, les politiques entreprennent une récupération folklorique des mots qui rappellent les grands élans collectifs de l’histoire nationale : Emmanuel Macron en appelle à la « révolution », Manuel Valls place sa campagne sous le signe de la « révolte », ce qui, au regard des quatre années écoulées, ne manquera pas de susciter, au mieux, une circonspection navrée.
 
Sans aller jusqu’à évoquer la double pensée orwellienne, il est difficile de nier que ce genre de détournement sémantique ne fait pas de bien à l’image de la politique. Il ne fait qu’accroître ce sentiment désagréable qu’il y a désormais une distorsion de plus en plus spectaculaire entre les mots et le réel.
Là où la philosophie anglo-saxonne avait popularisé ce concept selon lequel « dire, c’est faire », on inventait là son exact contraire : dire, c’est ne pas faire, ou faire le contraire de ce que l’on dit
De ce point de vue, la période récente nous a gâtés. On se souvient peut-être que notre tout nouveau ministre de l’Intérieur s’était illustré en déclarant que « le 49-3 favorisait la vraie discussion ». D’autres assuraient que la loi Travail était l’aboutissement d’un puissant dialogue social, ou que la déchéance de nationalité se voulait « une mesure de rassemblement ». Autant d’assertions paradoxales qui construisent une sorte de langage anti-performatif. Là où la philosophie anglo-saxonne avait popularisé ce concept selon lequel « dire, c’est faire », on inventait là son exact contraire : dire, c’est ne pas faire, ou faire le contraire de ce que l’on dit.
 
Ceux qui, à juste titre, déplorent que les citoyens considèrent les mots des politiques comme une « langue morte » (encore qu’on aimerait qu’elle ait la rigueur du latin et l’élégance du grec) devraient peut-être méditer cette phrase que rappelait-il y a peu de temps le grand historien Patrick Boucheron sur une radio du service public : « Le mauvais gouvernement arrive toujours quand le langage politique devient inadéquat à saisir les choses. »
 
 

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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