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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 16:26

Au milieu d'une campagne désordonnée, Nicolas Sarkozy, au lieu d'essayer de rassembler, multiplie les attaques contre François Bayrou et vise Alain Juppé.

 

Nicolas Sarkozy pense-t-il pouvoir gagner la primaire de la droite et du centre ? Rien n'est moins sûr. S'il croyait en son étoile, gageons qu'il s'y prendrait autrement.
Jusqu'à présent, il nous avait habitués à des campagnes qui, au moins, étaient cohérentes. Mais Patrick Buisson, son gourou, est parti. Aujourd'hui, tel le bourdon sur la vitre, l'ancien président s'agite en tous sens sans trouver les mots qui font mouche.

Il a beau tout essayer, rien n'accroche, il prêche dans le désert. Il est vrai que M. Sarkozy en fait toujours trop. Il propose ainsi tellement de référendums sur des questions d'actualité que, au train où vont les choses, un quinquennat ne suffira pas à les écluser tous.

Après s'être focalisé sur le burkini, le voici qui laisse libre cours à une nouvelle obsession : François Bayrou. Alors qu'on attendrait d'un candidat à la présidence de la République qu'il prît de la hauteur et se concentrât sur de grands sujets comme l'emploi, l'éducation ou le "vivre-ensemble", M. Sarkozy a fait du président du MoDem l'un des grands axes de sa campagne. Bouffre ! On se pince. S'agit-il là d'une des préoccupations des Français ? Pourquoi pas, pendant qu'il y est, un référendum sur François Bayrou ? Sans vouloir offenser celui-ci, l'une des rares personnalités de culture et de conviction de notre classe politique, il est des thèmes qui peuvent concerner davantage le peuple français. 

Il y a les politiciens en gros et au détail. Confondant volontiers l'essentiel et l'accessoire, M. Sarkozy a une fâcheuse tendance à ne s'intéresser qu'au détail. Observons qu'il est pour le moins étrange, pour ne pas dire extravagant, de dépenser autant de salive et d'énergie pour anathémiser un homme, M. Bayrou, qui, pour l'heure, n'est pas candidat à la présidentielle et semble retiré dans sa ville de Pau, l'ancienne capitale des rois de Navarre. Ne nous étonnons pas, dans ces conditions, si la campagne de l'ancien président paraît hors sujet, déconnectée du réel.

La ficelle est grosse : en attaquant frénétiquement M. Bayrou, coupable d'avoir appelé à voter pour M. Hollande lors de la dernière présidentielle, M. Sarkozy vise M. Juppé, dont le maire de Pau est l'un des nombreux soutiens. Mais, ce faisant, il ne marque aucun point contre son principal rival de la primaire : la politique consiste à rassembler, pas à exclure, et l'ancien président le sait bien, qui, après son élection en 2007, avait pratiqué une si large ouverture à gauche qu'elle irrita grandement son propre camp.

Aux municipales ou aux régionales, le soutien des centristes du MoDem aux candidats de son parti ne posait aucun problème de conscience à M. Sarkozy, dont, comme chacun sait, l'éthique n'a jamais été le premier des soucis. Ses vapeurs sont apparues seulement après que M. Bayrou s'est rangé derrière M. Juppé avec la discrétion de ceux qui, après une longue absence, reviennent à la maison. Pourquoi M. Sarkozy se laisse-t-il aller à cette himalayesque phobie anti-Bayrou ? La première explication serait que l'ancien président a, comme sa claque de militants, besoin d'avoir des ennemis. Des chiffons rouges. Mais cette explication n'est pas convaincante : l'ancien président est trop bon politique pour ne pas savoir séduire ou embobiner ses pires adversaires. Il eut naguère ce talent. Plus vraisemblable est la seconde explication : devant l'avalanche de mauvais sondages, l'ancien président a déjà anticipé son échec à la primaire. Et il a besoin de s'inventer sans tarder un bouc émissaire afin de pouvoir contester le résultat sur le thème : "J'aurais dû gagner, mais, en envoyant ses gens voter contre moi, François Bayrou m'a volé ma victoire."

Tout ne serait peut-être pas perdu pour M. Sarkozy s'il s'avérait capable de s'élever au niveau de ses principaux rivaux, MM. Juppé, Fillon, Le Maire et Mme Kosciusko-Morizet. Même si le temps des petites phrases n'est, hélas, pas révolu, il y a dans cette campagne qui vole haut une gravité qui montre bien qu'il ne faut jamais désespérer de la démocratie. N'est-on pas en train de vivre la première présidentielle depuis longtemps où les candidats feront de la politique autrement ? Yves Pozzo di Borgo, sénateur centriste de Paris, a eu l'excellente idée de poster un texte de Raymond Barre, datant de 1984 : "La France a besoin d'un discours sérieux. L'objet de la politique n'est pas d'apaiser les prurits épisodiques des Français, ni de plaire à chacune des catégories socioprofessionnelles sans exception, mais de convaincre tous nos concitoyens de servir une ambition nationale."

Une ambition nationale... S'il ne veut pas se laisser distancer par M. Juppé et les autres, M. Sarkozy n'a plus de temps à perdre. Il ne lui reste plus que quelques jours pour en trouver une...

 

Publié le Le Point

( Photo rée de notre bibliothèque d'images )

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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