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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 15:27

Ignace, «  c’est un petit, petit nom charmant  » chantait Fernandel, mais pour Béthune, c’est aussi un défi patrimonial de taille. Car ce «  joyau  » historique, datant de 1416, est l’un des monuments les plus anciens de la ville, qui veut en faire un point fort touristique du secteur.

 

Si vous n’avez pas eu la chance de vivre vos années lycée à Blaringhem, vous ne connaissez sans doute pas cet édifice hors du commun. La tour Saint-Ignace est l’un des fleurons de la ville (contemporaine du beffroi, bâti en pierre en 1388) qui a survécu jusque-là.
 
« En faire un lieu touristique pas seulement local mais qui s’inscrirait dans un parcours touristique que l’on veut développer. »
Érigée vers 1416, cette ancienne tour d’artillerie a traversé les siècles (lire l’historique ci-dessous). Mais depuis 2009, alors qu’elle se faisait déjà fort discrète, cachée entre le château d’eau et le gymnase du lycée, elle s’est définitivement effacée du paysage béthunois, corsetée par un imposant échafaudage pour cause de mise en sécurité. « Les façades s’effritaient », précise Ginette Loiseau, conseillère municipale déléguée à la valorisation du patrimoine.
 
478 000 € HT
En 2014, la municipalité fraîchement élue, en avait fait un axe fort de son programme d’embellissement. Et après mûre réflexion pour « restaurer, mettre en sécurité et donner du sens » à ce « magnifique joyau », selon le maire Olivier Gacquerre, le projet prend forme. Un diagnostic vient d’être effectué sur l’édifice médiéval pour en connaître ses pathologies et son potentiel. « C’est une construction massive et solide », rassure d’emblée l’expert. Dans le plan de coupe dévoilé, on découvre des remblais d’époque qui pourraient contenir des vestiges que les archéologues vont prochainement analyser pour mieux dater ce site classé aux Monuments historiques ; deux magnifiques voûtes qui donnent au lieu tout son cachet ; un escalier hélicoïdal qui permet d’accéder à une terrasse parée de briques ; des ouvertures très différentes servant à poser des arbalètes ou à faire passer des canons… Mais le bâtiment a toutefois souffert, du temps bien sûr, mais aussi des infiltrations, notamment quand il servait de château d’eau. La restauration nécessitera une importante restauration des maçonneries mais aussi, dans un second temps, un programme d’aménagement et d’accessibilité.
 
Les travaux devraient commencer durant l’été 2017, pour une durée d’un an. Budget total : 478 000 € HT, financés à parts égales par la ville et la Région. Avec comme objectif, « d’en faire un lieu touristique pas seulement local mais qui s’inscrirait dans un parcours touristique que l’on veut développer », explique le maire.
 
Mais quel sens justement donner à ce « joyau » patrimonial ? « Les études pour répondre à cette question vont être lancées », répond Ginette Loiseau. Olivier Gacquerre, lui, imagine « un outil pour les lycéens en option arts plastiques ou théâtre, un outil de mémoire et de médiation culturelle pour la ville et les associations, mais aussi un point fort touristique ».
 
Un peu d’histoire…
1416, c’est la date qui figure sur les premiers documents d’autorisation de construction de cette tour d’artillerie de 10 m de diamètre, 12,76 m de haut et 3 niveaux. Son parement est en grès avec une surélévation en briques.
 
Elle fut « un point de défense important, protégée par la porte d’Arras », expliquera Ginette Loiseau. Elle sera « renforcée par Vauban en 1670, suite à une commande de Louis XIV en visite à Béthune ». En 1710, ce bastion a résisté au siège des Alliés pendant la guerre de succession d’Espagne. C’est à cette même époque qu’elle prend le nom d’Ignace, celui du fondateur du collège des Jésuites, bâti cent ans plus tôt à quelques mètres de là.
 
Puis, la tour perd de sa valeur militaire et devient successivement glacière, magasin à poudre, chapelle, puis de 1877 à 1930 château d’eau, rehaussé alors d’une énorme cuve. Et alors que sa possible destruction est envisagée, l’édifice est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en 1969.
 
Et si le secret se cachait au sous-sol ?
Certes, l’édifice a une telle histoire, qu’a lui seul il est un véritable atout. N’empêche que ce qui intéresse aussi la municipalité, c’est ce qui se passe sous la tour. Car au sous-sol, pour l’instant rempli de remblais, se cacherait une galerie qui rejoindrait un réseau plus vaste sous les pavés de Béthune. « On a découvert aussi une trappe, place Lamartine, qui conduirait à un souterrain », assure O. Gacquerre. À l’instar des Boves à Arras, il se pourrait que tout un patrimoine se cache sous nos pieds et donc un potentiel touristique important. Le rêve de pouvoir relier la tour Saint-Ignace à la Grand-Place a même été évoqué dans l’élaboration du fameux « parcours touristique » qu’envisagent de développer les élus.
 
Mais les préoccupations ne se limitent pas sous terre. En levant le nez, d’autres questions se posent, comme l’accès à cette pépite médiévale. Un passage, derrière le théâtre municipal et au pied du château d’eau voisin, pourrait devenir un accès pour les visiteurs.
 
Et concernant l’imposant château d’eau justement, à deux pas de la tour, qui est un peu l’arbre qui cache la forêt tant sa hauteur dévalorise le « joyau », la municipalité envisage de « l’habiller ». « On a pensé l’abattre mais il est presque indispensable. Il va toutefois falloir engager une réflexion parce que les 322 km de canalisations qu’il dessert arrivent en fin de vie. Pour l’instant, on pense surtout à un habillage qui mettrait en valeur la tour. Rien n’est acté et nous n’avons pas les budgets. Et même si un jour il ne sert plus, on ne le démolira pas. Vous imaginez un restaurant panoramique là-haut, ce serait incroyable », se met à rêver le maire.
 
 
Par ANNE-CLAIRE GUILAIN
Publié le 10/10/2016 dans La Voix du Nord

LA TOUR SAINT-IGNACE

La Tour Saint  IgnaceInscrite à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1969, cette tour d’artillerie du XVème siècle est l’un des rares vestiges des fortifications de la ville avec le bastion Saint-Pry.
Cette tour a connu de nombreuses fonctions : glacière, magasin à poudre, chapelle et château d’eau. Son nom de Saint-Ignace est issu de sa position à proximité de l’ancien Collège des Jésuites, ordre créé par Ignace de Loyola.

Dans le cadre de travaux d’évaluation du sous-sol archéologique de Béthune (document d’évaluation et Zone de protection du patrimoine architectural en milieu urbain, ZPPAU), la tour Saint-Ignace, inscrite à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques et rare témoin des fortifications de la ville de Béthune, peut fournir des éléments d’appréciation historique supplémentaires non négligeables. Une intervention de sondage et des relevés architecturaux ont donc été effectués.

À l’origine, tour d’artillerie sur un angle de l’enceinte médiévale, la tour Saint-Ignace (ou encore Vauban dans ses dernières appellations) subit diverses modifications dans ses aménagements et devient successivement glacière, magasin à poudre, chapelle ou encore château d’eau. Elle se présente comme un ouvrage circulaire d’une dizaine de mètres de diamètre extérieur pour des maçonneries en grès épaisses d’environ 2 m.

3L’inventaire des archives municipales comme les travaux des différents auteurs ayant abordé l’histoire militaire de Béthune ne mentionnent pas de date précise concernant la construction de cette tour. L’opinion générale est qu’elle aurait été construite au XIVe s. Quant au chanoine Cornet, il mentionne la construction en 1416 d’une « Grosse Tour » qui venait se relier à la forteresse du Marché aux Chevaux. On retrouve cette même dénomination dans des textes datés de1594, 1595 et 1624 (E. Cornet, 1892, p. 103, 215-217, 237).

4Les travaux sur les fortifications de la ville sont entrepris, semble-t-il, au XIIIe s.,puis reconduits et augmentés sous Philippe de Valois (vers 1347) et Marguerite de France (vers 1374-1379). Si cette fin du XIVe s. apparaît riche en matière de travaux militaires, l’activité de construction se ralentit jusqu’au second tiers du XVe s. où l’on enregistre alors certains travaux plus importants sous Louis XI. Il faut ensuite attendre le début du XVIe s. pour voir s’implanter et se consolider les principaux ouvrages de défense de la ville. L’année 1416, date supposée de la construction de la « GrosseTour », s’inscrirait par conséquent dans cette fin de programme de travaux amorcés par Marguerite de France près de quarante ans plus tôt.

5Cette intervention archéologique a permis d’amorcer une étude plus précise prenant en compte la lecture du bâtiment (relevés architecturaux, étude des diverses réfections : archères murées, modification des accès, etc.) ainsi que par l’évaluation du sous-sol. Il s’avère que les aménagements du château d’eau – en particulier la pose de réseaux de canalisations - ont perturbé les niveaux sur au moins 1,50 m de profondeur.

6On observe ainsi d’importantes reprises en sous-œuvre dans la maçonnerie médiévale. Sous ces niveaux de remblais du XIXe s., les deux sondages pratiqués ont révélé d’autres niveaux de comblements comportant du mobilier céramique vraisemblablement daté du XVe s. L’un des sondages montre en particulier des reprises plus anciennes dans le mur avec l’établissement d’un massif contre une importante dalle en grès. Un troisième sondage a été effectué à l’extérieur de la tour, sous la retombée du conduit de latrines. Les niveaux de remblais comportant le même type de céramique commune grise reposent rapidement sur une dalle de grès, sur laquelle s’appuient la construction de la tour et le départ du mur d’enceinte.

7Le programme de recherche, poursuivi par l’extension des sondages dans la tour, mais également à l’extérieur afin de repérer les substructions des aménagements des salles de garde intra-muros, a précisé le système de fondation de cette tour, assise directement sur le rocher naturel. Aucun aménagement n’a pu être observé. Cette étude s’inscrit dans un programme plus large de remise en valeur du site.

Deloffre Véronique -1991

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