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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 14:57

Le lent déclin de l'autorité présidentielle

De la majesté gaullienne au bla-bla hollandais en passant par le bling-bling sarkoziste, la fonction de président a bien perdu de son aura depuis le début de la Ve République. Extrait.

Jean Garrigues, historien, spécialiste d'Histoire politique dans Marianne.

L'autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement », écrivait en 1932 le commandant de Gaulle dans le Fil de l'épée, dessinant bien avant l'heure les grandes lignes de son charisme présidentiel. Que reste-t-il aujourd'hui de cette conception gaullienne du pouvoir ? Obsédé par le tropisme de la présidence « normale » et citoyenne, pourquoi François Hollande est-il passé à côté de ce qui fait en France le fondement historique de l'autorité présidentielle, associée à la sacralité, à la solennité et au rituel ? Comment en est-on arrivé là, à cette obsession mortifère de la proximité, qui conduit à la disparition de la présidentialité ?

L'exaltation de la grandeur

Souvenons-nous des conférences de presse du général de Gaulle, entre « lit de justice et discours du trône », écrivait Jean Lacouture, qui mettaient en scène le Général en majesté dans la salle des fêtes de l'Elysée, seul sur une estrade, face aux journalistes du monde entier. Souvenons-nous de ses allocutions télévisées, face à la France, dans un dialogue solennel mais direct avec son peuple. Souvenons-nous enfin de ses bains de foule, la haute stature du héros national dominant la marée humaine. « L'effet voulu est donc atteint, écrivait le Général dans ses Mémoires d'espoir, puisque le peuple a levé la tête et regardé vers les sommets.» C'était ainsi que de Gaulle concevait la relation entre le chef de l'Etat et son peuple, dans la verticalité de l'hommage et du commandement, mais aussi, soulignait-il, dans « l'exaltation du sentiment national ».

Le Général ayant placé si haut la barre de l'incarnation présidentielle, comment faire pour ceux qui l'ont suivi ? « Je ne suis pas le successeur, on ne succède pas au général de Gaulle », avoua d'emblée Georges Pompidou, en annonçant sa candidature à l'élection de 1969. Il fut néanmoins un héritier à la hauteur du legs symbolique de la présidence gaullienne, opposant à la raideur militaire et distante du Général la rondeur matoise et débonnaire du paysan du Cantal, mâtinée d'une vaste culture finement distillée. Chacun se souvient de sa conférence de presse du 22 septembre 1969, lorsqu'il cita Paul Eluard à propos de la malheureuse Gabrielle Russier, morte d'aimer. En dépit de la maladie incurable qui le rongeait, il fut un président à la hauteur de l'Histoire, maître de sa fonction et de son incarnation, populaire jusqu'au bout, jusqu'à ce que le mal l'emporte. « Comme tous les Français, je savais le chef de l'Etat condamné à une fin prochaine, et comme tous les Français elle m'a surpris », car « il y avait de la fierté dans cette façon d'afficher sa décrépitude », lui rendit hommage François Mitterrand en 1975 dans la Paille et le grain.

 
 
 
 
 « L'effet voulu est donc atteint, écrivait le Général dans ses Mémoires d'espoir, puisque le peuple a levé la tête et regardé vers les sommets.»

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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