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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 16:01

« Je vais faire la sieste. » Quelques jours avant le premier débat, Alain Juppé, que l'on interrogeait sur son programme du 13 octobre, nous sifflotait cette réponse, l'œil fanfaron. « Ce débat ne changera rien », évacuait même l'un de ses soutiens. Surjouée ou avérée, l'apparente tranquillité du favori des sondages tranchait avec la fébrilité des sarkozystes.

Agenda gelé pour l'ancien président, agitation de ses soutiens sur des détails de la primaire, plusieurs indices laissaient penser que Nicolas Sarkozy abordait ce rendez-vous télévisé avec un brin d'appréhension. « Il est parfaitement à l'aise, il est celui qui connaît le mieux l'exercice, il a déjà fait ça plusieurs fois », tentait de relativiser Brice Hortefeux quelques semaines plus tôt.

L'anxiété de Sarkozy

Dès les premières minutes du débat pourtant, le stress de l'ex-chef de l'État, de plus en plus distancé dans les sondages, se fait sentir. Regard dur et mâchoire crispée, Sarkozy, encadré par NKM et Jean-François Copé, n'a pas encore pris la parole que déjà on décèle chez lui les signes physiques de l'anxiété. Un état confirmé par ceux qui l'ont croisé un peu plus tôt dans la soirée dans le studio de La Plaine-Saint-Denis.

De son côté, Alain Juppé récite son message d'introduction avec un calme marmoréen, soucieux de prouver d'emblée sa connexion avec le terrain et les « vraies gens » : « Depuis deux ans, je suis allé à la rencontre de mes compatriotes et j'ai mieux compris leurs inquiétudes, leurs incompréhensions. » Et de décliner sa vision avec une fermeté exacerbée comme s'il voulait parer les procès en mollesse de son rival Sarkozy : « Je souhaite restaurer l'autorité de l'État et la dignité de la fonction présidentielle, je veux un État fort qui protège efficacement, je veux éliminer ce fléau qu'est le chômage de masse, lever les obstacles à la création d'emplois par les entreprises. »

Réponse du numéro deux dans les sondages à toutes ces bonnes résolutions égrenées par son ancien ministre des Affaires étrangères ? « On a gouverné ensemble pendant cinq ans. » Avec ce minuscule bout de phrase, Sarkozy jette à la figure de ses concurrents une sorte de « tous responsables » menaçant. Pas d'inventaire de son quinquennat, pas d'attaque, sinon... Sinon, comptez sur lui pour rappeler que tous ou presque ont occupé des postes-clés durant son passage à l'Élysée ! Plus tard dans la soirée, Fillon a droit à sa piqûre de rappel : « AvecFrançois Fillon, nous avons réformé les retraites en 2010. »

Calme contre énergie

Le débat a à peine commencé, mais les rôles sont déjà distribués pour la soirée. Sans grande surprise, Juppé endosse la veste mitterrandienne siglée « force tranquille » et la chemise du rassembleur, misant sur le calme et l'incarnation d'une espérance. Unir plutôt que cliver, telle est sa ritournelle chantonnée ce 13 octobre encore. « Je cherche à rassembler, j'espère que la primaire sera largement populaire. Si les déçus du hollandisme veulent nous rejoindre, ils sont les bienvenus », a-t-il ainsi lancé en réponse à la polémique sur les électeurs de gauche qui viendraient voter à la primaire. Quant à Sarkozy, pas de coup de théâtre non plus puisqu'il a insisté sur sa paire d'atouts évidents : énergie et expérience. Avant de livrer ses préoccupations déjà martelées cent fois : « Que la France redevienne une grande nation », « lutter contre le déclassement », « être le porte-parole de la majorité silencieuse ».

L'un et l'autre ont finalement traversé le débat sans prendre de risque, le format – la succession de questions et les temps de réponse très courts – ne laissant d'espace ni à l'exubérance ni à l'outrance. Pendant la première partie consacrée à l'économie, Sarkozy a bien tenté quelques formules-chocs, jurant qu'il ne serait « pas le Martine Aubry de la droite […], pas un obsédé des 39 heures », mais le sujet économique n'étant pas le plus clivant à droite, difficile de marquer une réelle différence. Seule une année sur l'âge de départ à la retraite sépare Sarkozy et Juppé (64 pour l'un, 65 pour l'autre)... L'ex-Premier ministre a, pour sa part, redit son envie de « régénérer la vie syndicale » et d'appliquer une dégressivité des allocations chômage à partir du 1er janvier 2019, bref, rien de bien révolutionnaire pour un candidat LR.

Réveil tardif

Il a fallu attendre la deuxième partie de soirée et l'arrivée dans le débat de l'identité et de la sécurité pour assister à quelques échanges pimentés sur le sort à réserver aux fichés S, par exemple, ou sur la loi sur la burqa. Mais jamais entre les deux challengers. Pourtant, c'est peu de dire que leurs discours sur ces sujets divergent. Rien que les tons, les mots employés par l'un et l'autre s'opposent... Il faut entendre Sarkozy s'époumoner : « Toute personne ne respectant pas la loi sur la burqa se verra supprimer les allocations familiales » ou encore « le burkini est une vision moyenâgeuse du corps de la femme ». Puis, écoutez Juppé s'emballer : « Je suis pour une vision de la société française qui respecte cette diversité [...], renforçons ce que nous avons en commun ! [...] Je veux vous conduire sur le chemin de l'espérance d'une France puissante, optimiste, parce que je suis convaincu que si nous faisons les grands changements nécessaires, la France redeviendra ce pays où il fait bon vivre. » 

Malgré leurs différences d'approche, Juppé et Sarkozy ont mis un soin immense à ne pas s'affronter, ne pas s'interpeller, si bien que l'on finit par penser que ces deux-là sont plus libres quand ils se répondent par média interposé. 

Au moment d'évoquer leurs expériences judiciaires respectives, Juppé n'a pas réitéré sa phrase : « Il vaut mieux avoir un passé qu'un avenir. » Non, l'édile bordelais s'est contenté de parler de son cas personnel en rappelant pour la énième fois que la Cour d'appel avait reconnu qu'il n'était pas coupable d'enrichissement personnel.

 

Publié le Le Point.fr
Présidentielle 2017  Décryptages Primaire de la droite : le stress de Sarkozy face à la "force tranquille" de Juppé

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Published by le modérateur - dans infos politiques
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