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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 09:08

Par Vincent Feré.
Un article de Trop Libre dans Contrepoints

By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS – CC BY 2.0

La France s’illustre par sa culture du conflit : monarchistes/républicains, laïcs/catholiques, dreyfusards/antidreyfusards, autant d’oppositions qui ont scandé son histoire politique depuis 1789 et qui, à chaque fois, ont redessiné le clivage gauche/droite structurant les champs politique, idéologique et culturel français. Rares ont été les personnalités capables, dans des circonstances tragiques, de le dépasser : les Napoléon, Clemenceau, de Gaulle.

Plus récemment, le système bipolaire de la Cinquième République a de surcroît rendu l’entreprise difficile. Dès lors, Emmanuel Macron cherche-t-il à réussir là où François Bayrou a échoué en 2007 ou bien ne travaille-t-il pas d’abord à redéfinir le clivage gauche/droite… pour le bénéfice de François Hollande ?

La justesse du diagnostic

Emmanuel Macron pose un diagnostic juste sur la situation du pays : prisonnière de ses conservatismes, la société française peine, sans doute plus que ses voisines, à s’adapter au monde nouveau, à la révolution numérique, au changement démographique. L’État, dirigé par des élites peu représentatives du pays réel, tarde à se réformer. Dans le fond, la France doit se moderniser et Emmanuel Macron considère que les remèdes à appliquer ne sont ni de droite ni de gauche. Ainsi, reculer l’âge de la retraite ce n’est plus trahir les travailleurs, c’est sauver le système par répartition, fleuron du modèle social français. Un certain discours de gauche a vécu.

À défaut d’être entièrement nouveau, le propos est pertinent, confirmé du reste par la crise politique française illustrée par la montée de l’abstention et la force d’un Front national devenu le « premier parti de France ». Une partie importante de l’électorat partage la même conviction : droite et gauche, finalement, passé le temps des campagnes électorales, la politique menée est la même et, se fourvoyant dans des querelles idéologiques d’un autre âge, ne résout pas les problèmes concrets rencontrés par les Français : désertification médicalefaillite de l’écolecoût du logement – liste non exhaustive -. On attend du reste les propositions concrètes d’Emmanuel Macron sur ces questions. Car la politique, Michel Rocard le disait dans son discours d’investiture en 1988, c’est également se préoccuper « des réparations des cages d’escalier ».

Le pari risqué de la rupture

À ce diagnostic, Emmanuel Macron en ajoute un autre tout aussi pertinent : une certaine manière de faire de la politique est dépassée et les partis traditionnels sont incapables de s’adapter à la nouvelle donne. D’où la création du mouvement « en marche » auquel a plaisamment répondu le PS avec la «Belle Alliance Populaire ». Pour autant Emmanuel Macron prendra-t-il le risque de faire sans le Parti socialiste dont il n’est pas membre et de se servir de l’élection présidentielle au suffrage universel pour être plébiscité par les électeurs en proclamant dépassé le clivage gauche/droite – une démarche qui, soit dit en passant, relève davantage de la culture bonapartiste que de la culture de gauche traditionnelle – ?

Plusieurs facteurs l’incitent sans doute à la prudence. D’abord aucun candidat à l’élection présidentielle n’a jamais gagné sans le soutien d’un parti et encore moins contre son parti ; les précédents Rocard et Balladur sont là pour le rappeler. Ensuite, Emmanuel Macron met surtout « en marche » les CSP+. Sa base sociologique, celle de Bayrou en 2007, semble trop étroite pour l’emporter. L’enthousiasme de certains grands médias masque mal l’indifférence sinon le rejet de la France du non, celle qui ne « travaille pas assez » pour s’offrir un costume à 1200 euros, envers l’enfant gâté du système. Bernard Frank l’écrivait déjà dans les années 1960 à propos de Pierre Mendès-France : « ce que vous ne comprendrez jamais, je le crains, c’est que les lecteurs du Monde, de l’Express et de l’Observateur, qui d’ailleurs ne s’additionnent pas, ça ne pèse pas lourd dans une élection présidentielle ». Enfin, le positionnement idéologique d’Emmanuel Macron l’empêche, pour l’instant, de rassembler la gauche dans un scrutin bipolaire : celle-ci n’a pas encore achevé sa mue.

Redéfinir le clivage gauche/droite et brouiller les primaires

La question des ambitions du ministre de l’Économie agite cependant le microcosme politique tant ce dernier semble déterminé. Pourtant rien n’indique de sa part une quelconque volonté de rupture. Le plus vraisemblable est qu’il cherche à pousser ses pions le plus loin possible – on ne sait jamais… – sans avoir en réalité l’intention de franchir le Rubicon. Du coup, il provoque l’ire de Manuel Valls et suscite l’intérêt du président de la République qui peut tout à fait l’intégrer dans sa stratégie de candidat. Car le corpus idéologique d’Emmanuel Macron se confondant pour partie avec celui de la droite – dans son versant libéral – pourrait bien, paradoxalement, rendre service à Nicolas Sarkozy et à François Hollande.

Avec Emmanuel, le « renouveau ce n’est plus Bruno ». Quant à Alain Juppé, le voilà confirmé dans sa position de candidat centriste ; rien ne s’oppose dans le fond à le voir gouverner avec Macron. Nicolas Sarkozy, représentant d’une droite autoritaire et identitaire retrouve du coup davantage d’espace pour les primaires. Une bonne nouvelle pour François Hollande qui rêve d’affronter à nouveau son adversaire de 2012. Mais Emmanuel Macron, en incarnant un social libéralisme assumé et en se rattachant à la grande famille de la gauche est également un allié précieux qui permet au futur candidat socialiste  d’élargir sa base électorale vers le centre droit. Hollande serait ainsi le défenseur des libertés et du pacte républicain face à un Sarkozy prisonnier du FN. Au passage, Emmanuel Macron contribuerait à faire du libéralisme, dans toutes ses dimensions, l’élément fondamental d’une nouvelle culture de gauche : un retour aux sources ? Dans le contexte des attentats qui frappent la France, il est fort probable que ces questions seront au cœur de la campagne.

L’indulgence du président de la République à l’égard du ministre de l’Économie ne s’explique donc pas par le manque d’autorité du chef de l’État mais par un calcul politique habile du futur candidat. Espérer disqualifier avec un seul atout Juppé, Bayrou et Valls, voilà qui n’est sans doute pas pour déplaire à François Hollande qui n’a de toute façon plus guère d’autres cartes à jouer.

Naturellement, le pari du président de la République est loin d’être gagné mais la rentrée politique s’annonce sans doute beaucoup plus incertaine que prévue.

 

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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