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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 09:58

 Benoît Hamon a annoncé ce mardi sa candidature à la primaire de la gauche. Pour Thomas Guénolé, les chances de l'ancien ministre sont minces, mais il peut gêner Arnaud Montebourg, seul véritable concurrent de François Hollande.

 

 

L'ancien ministre socialiste Benoît Hamon a annoncé sa candidature à la primaire à gauche, prévue en janvier 2017, sur le plateau du journal télévisé de France 2, mardi 16 août. Que cela vous inspire-t-il?

Benoît Hamon se présente pour se hisser dans la catégorie des poids-lourds nationaux du Parti socialiste. A ce jour, il fait partie de ses personnalités de second rang: s'il a un réseau substantiel dans son parti et dans les milieux médiatiques, sa notoriété réelle auprès de l'électorat, elle, est extrêmement faible. Son but est donc manifestement le même que celui de Manuel Valls et d'Arnaud Montebourg lors de la primaire de 2011: utiliser la puissante exposition médiatique de ce scrutin pour changer de statut parmi ses pairs.

Existe-t-il une «ligne Hamon»?

Benoît Hamon s'inscrit dans une longue tradition au Parti socialiste, qui consiste à exiger fermement une ligne politique plus à gauche, tout en restant très flou sur le contenu programmatique concret d'une telle ligne. Sur ce type de position, on peut d'ailleurs distinguer deux grands profils types au PS: les sincères, qui veulent vraiment un coup de barre à gauche ; et les cyniques, qui ne prennent ce couloir que pour bénéficier ainsi d'un «droit de tirage» sur les bonnes places en termes d'investitures électorales, et de sièges garantis au conseil national du parti. J'ignore si Benoît Hamon est un sincère ou un cynique.

Il a réussi à prendre de vitesse Arnaud Montebourg qui devrait aussi se présenter. Est-ce un handicap pour ce dernier?

Même si c'est avec une image personnelle plutôt négative, Arnaud Montebourg a une notoriété massivement plus forte que celle de Benoît Hamon dans l'électorat. De plus, la «marque Montebourg» est très fortement associée à du contenu politique bien identifié: le colbertisme, le made in France, la VIe République, la démondialisation ; ce n'est pas le cas de Benoît Hamon. En d'autres termes, Benoît Hamon peut sans doute grappiller quelques points à Arnaud Montebourg sur sa gauche, mais pas au point de le doubler.

 

La candidature de Benoît Hamon est-elle un avantage pour François Hollande?

Objectivement, oui. À ce jour, parmi les concurrents déclarés de François Hollande, et puisque Martine Aubry refuse de concourir alors qu'elle le battrait largement, le seul challenger à pouvoir ambitionner un duel contre lui au second tour de la primaire est Arnaud Montebourg, en l'attaquant par sa gauche. Or, Benoît Hamon se revendique lui-même de l'aile gauche du PS. Donc, s'il prend quelques points au premier tour, il les prendra à Arnaud Montebourg. Donc, il affaiblira le principal challenger de François Hollande. Donc, oui, la candidature de Benoît Hamon aide François Hollande.

Hamon peut-il être une surprise? A-t-il des chances de peser sur cette primaire?

Dans la mesure où sa notoriété auprès de l'électorat est très faible, Benoît Hamon ne peut créer la surprise que sur le fond de son programme, en émettant des idées radicalement neuves. Cela supposerait cependant qu'il sorte de l'incantatoire pour proposer des mesures concrètes, consistantes: là réside à mon avis son principal point faible. Il semble en être conscient, puisqu'il a commencé à s'investir sur des sujets précis: la légalisation du cannabis, par exemple.

Sa candidature annonce-t-elle une primaire très à gauche?

Je ne le pense pas. Si les clivages profonds internes au PS sont bien incarnés, l'on devrait s'orienter vers les trois grandes offres fondamentales habituelles: l'offre sociale-libérale, l'offre sociale-démocrate, et l'offre socialiste.

Va-t-on assister à un recentrage d'Arnaud Montebourg?

C'est probable. D'un côté, François Hollande est sur une ligne sociale-libérale, la plus à droite disponible au PS en matière socio-économique. De l'autre, Benoît Hamon se revendique d'une ligne clairement marquée à gauche, c'est-à-dire socialiste au sens idéologique du terme. Et Martine Aubry refusant d'être candidate, elle laisse vacant le grand espace central d'équilibre entre sociaux-libéraux et socialistes. D'un point de vue purement tactique, il serait donc dans l'intérêt d'Arnaud Montebourg de construire une candidature qui corresponde au centre de gravité de tout le PS, dans l'idée de le ressouder.

Par

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po, docteur en sciences politiques (Sciences Po - CEVIPOF). Il est l'auteur de Les Jeunes De Banlieue Mangent-ils Les Enfants? (Édition le bord de l'eau, 2015) et publiera La mondialisation malheureusechez First le 15 septembre 2016.

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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