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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 17:09

...La réponse de KAK sur l'Opinion...

 

...et celles de Irène Inchauspé et Hugo Sedouramane:

 

Rien ne sert de paniquer comme un « néo-luddites » ou de rester béat comme un « Schumpeter-maniac », mieux vaut adapter le principe de Lavoisier: « Rien ne se perd, rien ne se crée, tous les jobs transforment »...

 

Depuis Keynes en 1930, certains prophétisent que l’automatisation, la robotisation, l’intelligence artificielle et les progrès du numérique conduiront à un chômage technologique de masse. Un pessimisme teinté de malthusianisme que rien ne justifie aujourd’hui.

L’avion sans pilote n’est pas pour demain. Lors du salon aéronautique de Farnborough qui s’est tenu près de Londres du 10 au 14 juillet, Boeing a fait une annonce spectaculaire. Selon ses prévisions, les compagnies aériennes vont embaucher près de 1,5 million de pilotes et techniciens dans les vingt prochaines années, à travers le monde. Ceci alors que, comme son concurrent Airbus, il commence à faire appel à des processus automatisés… c’est-à-dire à des robots.

Cette annonce devrait rassurer quelque peu ceux qui s’alarment de l’irruption des nouvelles technologies, redoutant qu’elles laminent les millions de jobs ayant fait la prospérité des classes moyennes et des économies développées. « Au XIXe siècle, la machine a remplacé le cheval qui ne s’est pas plaint et a disparu comme outil de travail, rappelle l’économiste Jean-Marc Daniel. Au XXIe siècle, elle remplace les cerveaux, ce qui crée beaucoup d’inquiétudes, notamment chez ceux qui ont des emplois peu qualifiés ».

Les plus pessimistes, ceux qui envisagent sans sourciller la perspective d’un chômage massif créé par la numérisation de l’économie, pourraient être qualifiés de « néo-luddites ». Dès le début du XIXe siècle, les disciples de Ned Ludd prétendaient s’opposer à l’avènement du métier à tisser mécanisé au motif que cette géniale invention priverait les ouvriers de travail.

À ceux-là, on peut opposer les chiffres suivants. En France, nous avons 125 robots industriels pour 10 000 emplois manufacturiers, en Allemagne, 261 et en Corée du Sud, 347. En regard, le taux de chômage en France est de 10 %, en Allemagne de 6,2 % et de 3,7 % en Corée. Il est possible aussi de leur rappeler autre chose. « Alors qu’elle fait partie des plus robotisées au monde, l’industrie automobile allemande emploie encore plus de 800 000 salariés en 2015, soit autant qu’il y a dix ans et 100 000 de plus qu’il y a vingt ans », comme le note Nicolas Le Ru, auteur du rapport de France stratégie intitulé « L’effet de l’automatisation sur l’emploi, ce que l’on sait et ce qu’on ignore ».

Métiers routiniers. Enfin, Emmanuel Macron, répondant à une question d’un député le 24 mai 2016, a indiqué que « la France a pris un retard par rapport à ses voisins dans la robotisation dans les années 1990 ». « Est-ce que c’est cela qui a protégé l’emploi industriel ? Non, parce que la première décennie des années 2000 a montré l’effondrement de l’emploi industriel en France », a poursuivi le ministre de l’Économie, concluant que le « robot n’est pas l’ennemi de l’emploi ».

Il serait pour autant hasardeux de tomber dans la « Schumpeter-mania » et de considérer que la théorie de la « destruction créatrice » de l’économiste autrichien va assurer une transition heureuse vers un nouveau monde. Ses adeptes soutiennent que, si des métiers manuels ou de service à caractère routinier disparaissent (souvent parmi les plus pénibles physiquement), ils seront remplacés par des métiers nécessitant une intelligence fine et créatrice et des compétences sociales. Autant de qualités qu’un robot ne saurait avoir. Ce n’est pas aussi simple.

« La bonne façon de poser la question n’est pas de demander s’il restera des emplois, écrit Jean Tirole dans son livre “Économie du bien commun”. La vraie question est de savoir s’il existera suffisamment d’emplois rémunérés par des salaires que la société considérera comme décents ».

Il est évident que les prédictions alarmistes sur la disparition de l’emploi ne se sont jamais réalisées alors que nous avons connu plus de deux siècles de révolutions technologiques diverses. Mais la révolution numérique va très vite et il n’est pas sûr que les nouveaux emplois se créent au même rythme que ceux que qui disparaissent. « La bonne façon de poser la question n’est pas de demander s’il restera des emplois, écrit Jean Tirole dans son livreÉconomie du bien commun. La vraie question est de savoir s’il existera suffisamment d’emplois rémunérés par des salaires que la société considérera comme décents ».

Pour que ces rémunérations ne soient pas trop basses, la formation est un enjeu essentiel. Plutôt que de se ranger dans le camp des « néo-luddites » ou des « Schumpeter-maniacs », mieux vaudrait adopter le principe de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Et tâcher d’accompagner au mieux cette transformation. « Face au développement du numérique, le contenu des métiers évolue, explique ainsi Nicolas Le Ru. Il se concentre sur des tâches pour lesquelles les travailleurs ont un avantage comparatif sur les automates, dans une complémentarité entre la machine et l’homme ».

Humanoïde. Malheureusement en France, la culture de la robotique influencée par la fiction a longtemps imposé l’idée du robot humanoïde qui remplace l’homme. « Cela ne fait qu’une dizaine d’années qu’on dit qu’il complétera l’homme », explique Bruno Bonnell, entrepreneur récidiviste et créateur du fonds d’investissement Robolution Capital spécialisé dans la robotique. Il travaille avec Emmanuele Levi, le dirigeant de 360 Capital Partners, qui gère ce fonds. Ce dernier explique : « S’il y a dans le numérique une structure d’offre de capitaux depuis quinze ans, la robotique est le prochain sujet d’investissement en France ».

Bien que tous les domaines et tous les secteurs soient concernés par ce sujet de transformation, l’offre de talents reste limitée à l’échelle internationale. « C’est comme le marché de l’art, souligne Bruno Bonnell. Quand Zimmer Biomet rachète Medtech, c’est pour ses talents. Et les chiffres sont parfois astronomiques : l’Américain Cruise Automation, une start-up spécialisée dans les véhicules autonomes, a été racheté par General Motors plus d’un milliard de dollars. Il est impossible de trouver des groupes européens capables de débourser autant », déplore-t-il.

Toutefois, les écoles d’ingénieurs françaises développent de plus en plus de formations spécialisées dans la robotique. Car il ne faut pas considérer un robot comme un produit comme un autre. Les logiciels et la logique mécanique de ces bijoux technologiques sont différents que ce que l’industrie des nouvelles technologies a pu connaître par le passé : « Par exemple, la chaleur d’une route va avoir un impact sur le logiciel d’un véhicule autonome », explique Bruno Bonnell. On ne peut donc pas considérer la robotique comme un simple mariage entre les logiciels et la mécanique : c’est un nouveau secteur technologique qui naît.

« La France est lente pour adopter des technologies mais sait bien rattraper ses retards », conclut-il. Tous les espoirs sont permis.

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Published by le modérateur - dans réflexions diverses
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