Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Aimer Béthune
  • Aimer Béthune
  • : Le blog d' "Aimer Béthune" : infos diverses sur la vie béthunoise et tant d'autres choses...
  • Contact

Recherche

16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 16:35

 François Bayrou a-t-il ses chances en 2017 alors qu'il soutient Alain Juppé aux primaires ? Pour Jérôme Fourquet, l'hypothèse d'un duo Hollande-Sarkozy et le rêve répandu d'union nationale pourraient plaider en faveur du patron du Modem.

François Bayrou soutient la candidature aux primaires de la droite et du centre d'Alain Juppé qui est, d'après ses propos, «compatible avec la nécessité de reconstruire le centre». Quelle marge de manœuvre politique reste-il au maire de Pau dans la perspective de 2017?

Jérôme FOURQUET. - Tout dépendra de l'issue des primaires de la droite, avec d'ores et déjà deux scenarii qui se dessinent. Dans le premier scénario, Alain Juppé l'emporte et François Bayrou, conformément à son engagement, le soutiendra à l'élection présidentielle. Il essaiera alors de faire entendre sa voix et aura sans doute à cœur de négocier ce ralliement en échange de la création d'un groupe parlementaire centriste dont il prendrait la direction. François Bayrou connaît ses classiques et sait que, sous la Cinquième république, mieux vaut être chef d'un groupe parlementaire allié mais puissant que ministre voire Premier ministre au sein du mécano institutionnel.

François Bayrou n'est pas insensible au second scénario! Selon ses propres dires, la primaire pourrait faire la part belle à une surenchère droitière et se gagner dès lors de ce côté. Ce qui s'est passé cet été sur le front du terrorisme a redonné une dynamique à Nicolas Sarkozy en le replaçant au centre du jeu à droite. Différentes enquêtes de l'IFOP publiées ces derniers jours (dont une publiée sur le site Atlantico) révèlent que, plus que jamais, la lutte contre le terrorisme est la priorité numéro un des Français. Ce climat ne devrait d'ailleurs pas se dissiper dans les trois mois qui viennent de sorte que les primaires seront dominées par le primat de la lutte contre le terrorisme. Sur ce sujet central, les électeurs de droite font davantage confiance à Nicolas Sarkozy qu'à Alain Juppé. Nous verrons dans quelques semaines les premiers sondages portant spécifiquement sur les intentions de vote à la primaire, mais si on assemble les morceaux du puzzle, Nicolas Sarkozy est de loin le plus crédible sur le terrorisme, la sécurité et l'identité, ce qui devrait aboutir à un rééquilibrage du rapport de force. L'espace qui pourrait être celui de François Bayrou serait alors tout autre que celui où il se cantonnerait au rôle de lieutenant devant négocier son ralliement au leader de la droite et du centre.

François Bayrou gagnerait donc à ce que l'ancien président de la République emporte les primaires de la droite. Et à gauche?

Effectivement, dans le scénario idéal pour François Bayrou, Nicolas Sarkozy serait élu au terme d'une campagne très droitière et, quelques semaines ou mois plus tard, la primaire organisée par le Parti socialiste déboucherait sur la désignation de François Hollande à la tête du Parti socialiste, ce qui est loin d'être impossible.

On aurait une sorte de match retour de 2012, hypothèse pourtant la plus rejetée par les Français. Cette configuration profiterait à une candidature de François Bayrou, qui pourrait espérer rejouer le coup de 2007, mais cette fois-ci de manière gagnante. Son très beau score de 2007 (18,5%) ne lui avait pas permis d'être qualifié pour la finale. Mais en 2017, même s'il est adoubé par une majorité d'électeurs de droite, Nicolas Sarkozy n'est plus dans la situation qui était la sienne en 2007: il aura été battu en 2012 et aura beaucoup déçu durant son quinquennat. Et je ne parle même pas de l'état de popularité de Monsieur Hollande … Avec deux candidats affaiblis et la menace frontiste, François Bayrou peut espérer capitaliser sur le rejet de ces deux têtes d'affiche dont le profil de revenant déplait fortement.

Selon un sondage IFOP/Le JDD paru dix jours après les attentats de Nice, 67% des Français sont pour un gouvernement d'union nationale. «En marche» d'Emmanuel Macron, le Modem de François Bayrou voire Alain Juppé sont-ils une tentative de traduire ce souhait d'union des forces politiques?

N'oublions pas qu'Alain Juppé, avec les attentats terroristes, s'est beaucoup droitisé. Il n'est pas centriste … Par ailleurs, ces chiffres ne sont ni exceptionnels, ni nouveaux. On a depuis longtemps entre 60 et 70% des Français tentés par un gouvernement d'union nationale, pensé sur le modèle de la grande coalition à l'allemande.

Pour quelles raisons? Il y a une adhésion forte à l'idée qu'il ne serait pas inutile de prendre les talents et les idées d'où qu'ils viennent. Par ailleurs, à propos des questions sociales et économiques - et non du terrorisme -, la France a d'énormes défis à relever. Juppé par exemple considère que, pour faire passer certaines réformes comme sur les retraites ou le droit du travail, il faut pouvoir s'appuyer sur une majorité très large. Enfin, l'appétence des Français pour un gouvernement d'union nationale repose sur le sentiment que nous sommes souvent freinés dans la mise en œuvre de réformes par une guérilla parlementaire et une guéguerre politicienne des plus stériles. Et ce alors même que beaucoup de Français pensent que les différences entre gauche et droite ne sont plus aussi marquées que par le passé. Nous ne sommes plus en 1981 ni en 1986. Pour beaucoup de Français éloignés de la politique, le combat gauche-droite apparaît surjoué, artificiel et a pour résultat de laisser le pays dans l'ornière.

C'est aussi le même type de raisonnement qui s'applique aujourd'hui face à la question de la menace terroriste, mais avec des implications différentes. Notre pays étant confronté à une menace majeure, l'idée d'union nationale apparaît pertinente aux Français. Mais il ne s'agit plus du modèle de la grande coalition à l'allemande pour faire des réformes à la Schröder. Il s'agit davantage de considérer que «la patrie est en danger» et de réaliser ainsi «l'union sacrée». Dans un contexte patriotique qui s'apparente à une guerre, la figure que les Français vont rechercher pour diriger cet attelage s'apparente à celle d'un commandant en chef aux épaules larges pour mener le navire France dans la tempête.

A ce titre, on peut penser qu'une personnalité comme Emmanuel Macron n'est forcément celle vers qui les Français se tourneraient spontanément. Il ne s'agit alors plus de rechercher un profil consensuel qui peut faire travailler les «réformateurs» et les «gens de bonne volonté» des deux bords. Pensant davantage à une coalition, un peu comme Juppé d'ailleurs, Macron explique que le clivage n'est plus entre gauche et droite, mais entre progressistes et conservateurs, autrement dit entre ceux qui veulent des réformes et ceux qui n'en veulent pas. A ses yeux, les conservateurs seraient d'ailleurs au FN, mais pas seulement. On les trouverait aussi au Front de gauche et au PS avec les frondeurs. Quant aux progressistes, on en trouverait du côté d'Alain Juppé, de l'UDI, du Modem et du courant libéral du PS. Alain Juppé ne dit pas autre chose quand il considère que, pour réformer le pays, il va falloir que les gens de bonne volonté des deux bords se parlent et que l'on coupe pour ainsi dire les deux bouts de l'omelette. Dans ce schéma d'une grande coalition à l'allemande, il faut une personnalité consensuelle à l'image d'Alain Juppé ou d'Emmanuel Macron. L'IFOP avait d'ailleurs réalisé un sondage dans ce sens il y a quelques mois: une majorité de Français (52%) était favorable à ce que Alain Juppé élu président de la République prenne Emmanuel Macron comme Premier ministre.

François Bayrou peut-il s'inscrire dans le cadre d'une grande coalition à l'allemande ou d'une union sacrée?

Quand on expliquait à François Bayrou, notamment en 2012, que ses troupes étaient clairsemées, il s'en sortait pas une pirouette. D'après lui, il n'y avait aucun motif d'inquiétude: les gens de bonne volonté et les offres de service prospéreraient dès le soir de son élection. Le défi est double aujourd'hui pour François Bayrou: il s'agit primo comme en 2007 ou en 2012 de montrer qu'il serait capable de réunir du monde autour de lui, mais il s'agit secundo de montrer qu'il aurait la capacité d'être commandant en chef. Ce n'est pas pour rien qu'il prend de plus en plus position sur les sujets régaliens pour montrer qu'il n'est pas seulement capable de réunir ensemble Emmanuel Macron, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet.

François Bayrou essaie de prendre la figure du père de la nation qui sait garder la tête froide et avoir la stature, la sagesse et la détermination d'un homme d'Etat. Il se place ainsi dans l'optique de décisions difficiles à prendre tant sur le plan intérieur - je pense à la question de l'internement préventif - que sur le plan de la politique étrangère - révision des alliances de la France avec certains pays du Golfe et/ou envoi de troupes sur des théâtres d'opérations extérieurs. Ceci exige calme, sang-froid, courage et maîtrise, ce qu'il veut incarner tant face à un François Hollande qu'il estime démonétisé et failli que face à un Nicolas Sarkozy qu'il juge trop clivant, impulsif et brouillon. Il ne manquera pas de souligner les annonces de suppression de poste dans la police au cours du quinquennat précédent, la venue en grande pompe de Bachar el-Assad et Mouammar Kadhafi, l'intervention en Libye dont les puissances occidentales n'ont pas assuré le service après-vente, etc.

L'identité centriste repose historiquement sur une forte promotion de la construction européenne, à l'image de Valéry Giscard d'Estaing et du projet de Constitution européenne rejeté en 2005. Dans un climat de défiance vis-à-vis de Bruxelles, le centre peut-il réunir suffisamment de Français autour d'un cœur idéologique que ceux-ci rejettent?

François Bayrou peut jouer un certain nombre de cartes sans avoir besoin d'activer le levier européen. Loin de se focaliser sur la dimension européenne qui est généralement l'apanage du centrisme, il peut montrer en priorité qu'il a des réformes à mener au plan intérieur et un énorme chantier à réaliser autour de la lutte contre le terrorisme et le djihadisme.

Sur la question européenne proprement dite, vous avez raison: elle est aujourd'hui très peu porteuse. Pour avoir l'écoute des Français et ne pas se cantonner seulement à un score autour de 10%, il convient sans doute de ne pas trop entonner le refrain de l'Europe fédéraliste. Néanmoins, dans le contexte de menace terroriste, de Brexit, de pressions sur nos frontières extérieures avec la crise des migrants, de nécessité d'une harmonisation fiscale, François Bayrou peut montrer facilement que toute une partie des problèmes qui accablent, menacent ou fragilisent la France ont justement une dimension éminemment européenne. Il pourrait alors suivre une partition singulière car la construction européenne fait justement partie de son ADN politique. Il l'a chevillée au corps et c'est parce qu'il l'aime profondément qu'il proposerait à ce titre de tout refonder et d'apporter des propositions audacieuses sur une intégration renforcée autour d'un noyau dur de pays, par exemple les pays fondateurs.

Si l'on entend ce discours aussi à gauche et à droite, François Bayrou pourra expliquer que c'est sous le quinquennat de François Hollande que la relation franco-allemande s'est fondamentalement dégradée. Comme Alain Juppé, il pourra expliquer que, pour rebâtir un axe franco-allemand stable, encore faut-il que la France soit crédible aux yeux de ses partenaires allemands, ce qui lui permettra de mettre derechef l'accent sur la question des réformes intérieures. Le fait même que Français Bayrou ait toujours mis la construction au cœur de son projet européen - contrairement à François Hollande ou Nicolas Sarkozy - pourrait paradoxalement lui porter secours.

Par 

Jérôme Fourquet travaille depuis 15 ans en institut de sondages. il dirige actuellement le département opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by le modérateur - dans infos politiques
commenter cet article

commentaires