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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 16:39

Là, on est en 1918 et la Grand-Place est dévastée. Mais en août 1916, les maisons qui enserraient alors le beffroi avaient été éprouvées par les bombardements.

 

 

Comme tous les mois, on remonte le temps pour s’immiscer dans le quotidien des habitants du Béthunois. Le 7 août 1916, la guerre frappe le cœur de Béthune de toutes ses forces. Le marché se termine quand des obus vont tomber. Un drame... qui aurait pu être pire encore si la fête des Anglais n’avait eu lieu la veille.
 
1. Un drame sur le marché
 
Ce 6 août 1916, il est midi, le soleil brille et, raconte le soldat Petitdidier, cantonné en ville, « le franc marché du mois d’août, un des plus importants de l’année, vient de se terminer. » La foule s’écoule lentement à travers les rues, quand... « boum ! Une violente détonation ébranle l’air ». Le bruit est différent des jours précédents, on pense à des grenades, un dépôt de munitions qui aurait sauté... « Vers l’extrémité nord de la ville s’élève une colonne de fumée noire analogue à celle que dégage un gros obus. » La population n’a rien vu de tel depuis six mois, elle hésite à y croire.
Le calme revient... mais quatorze minutes plus tard, nouvelle explosion, plus rapprochée. Un obus « de gros calibre, du 380 », vient d’éclater sur la Grand-Place, les maisons qui enserrent alors le beffroi vont souffrir. Le souffle a fait s’écrouler la façade de la pharmacie Quin et celle de la maison voisine. Passé le même intervalle, rebelote. Des maisons s’effondrent. Chez un coiffeur, un officier anglais est décapité. Le barbier « demeure un instant, le rasoir à la main, terrifié à la vue de son client sans tête ! » Des soldats anglais portent secours aux sinistrés ; avec les échelles des pompiers, ils tentent d’aider ceux bloqués dans les étages, mais un projectile éclate, quatorze tombent, « déchiquetés »... Boulevard Hugo, un obus frappe le pignon d’angle d’un immeuble, au moment où passe un convoi de cinq fourragères britanniques. Des morts, encore, 11 hommes et 9 chevaux.
 
À chaque explosion, des ambulances anglaises « partent dans toutes les directions »... las, un obus frappe en plein dans la cour de l’hôpital, le collège Saint-Vaast en fait, où les blessés ont commencé à recevoir les soins ! Un dépôt d’essence s’enflamme. La façade intérieure est presqu’entièrement éventrée.
 
Le soir, on dénombre 57 morts et plus de 300 blessés, civils et militaires. « Le motif de cet acte de sauvagerie boche ? » Le fait que le maire, Pierre Rinquin, ait accordé aux Anglais d’organiser une fête. Ce qu’ignorait l’ennemi, c’est qu’en raison du marché, la date avait été avancée d’une journée...
 
2. L’institution Saint-Vaast bascule
 
Pour l’institution, ce 6 août marque un tournant de son histoire. L’abbé Gaquère l’évoque dans Sous le feu. L’été filait, paisiblem, au rythme des vacances scolaires. Jamais jusque là les enseignants n’avaient cédé à la peur en acceptant d’évacuer. Les cuisiniers s’affairent aux fourneaux quand, à 13 h 40, sonne « l’heure historique. Cette fois, à nous le 380 ! Il semble que la terre se soit entr’ouverte à nos pieds », la chapelle est dévastée, seule la statue de la Vierge tient encore debout ! Un nuage noir gonfle, « les yeux cherchent en vain le ciel (...) Des flammes gigantesques montent le long de la chapelle ».
 
L’obus est tombé sur les voitures, en a pulvérisé cinq. Des mourants gisent dans la cour, l’abbé Sence les aide comme on peut, les Anglais en sont émus. « Your colleague was very brave, indeed ! » Les sœurs anglaises évacuent 260 patients dans les caves, avec calme, et réaliseront même deux opérations ! L’une d’elles, Batrice Allsop, fera partie des six premières femmes décorées de la Military Medal, jusque là réservée aux hommes.
 
La rumeur enfle, les Boches jurent « que Béthune n’existe plus »... Cette fois, pas le choix, la rentrée n’aura pas lieu ici, il faut partir à Aire-sur-la Lys.
 
Le 6 août, c’était la fête des Anglais
La fête des Anglais devait avoir lieu le 7 mais elle a été avancée d’une journée. Le soldat Petitdidier en parle dans ses mémoires. « L’Angleterre, notre fidèle Alliée, tient à célébrer par une fête religieuse ce second anniversaire de son entrée dans la lutte pour la civilisation. » Et à Béthune, car la ville est la plus proche des bases anglaises. « Dès la première heure, des soldats du Royal Engineers sont occupés sur la Grand-Place à délimiter un quadrilatère parfait, qui servira de limites pour l’emplacement des troupes. »
 
Une plateforme en bois est installée, une balustrade va permettre d’étendre plusieurs drapeaux de l’Union Jack. Juste au centre, un mât verra flotter côte à côte les couleurs britanniques et françaises. « Petit à petit, les troupes arrivent : les soldats sont tous équipés, sans sac, le fusil à la main, jugulaire au menton. » Les officiers ont sorti les gants « beurre frais ou kaki clair ». Les Écossais, au premier rang, ont la jupe plissée et la toque sur l’oreille, « précédés de leur bag pipers ». Derrière, les troupes du Pays de Galles et d’Irlande prennent place, les Candiens aussi, « de fort belle allure », les Australiens « au chapeau de feutre fièrement relevé sur le côté » et les Néo-Zélandais.
 
Près de 6 000 rassemblés
 
Et les Béthunois ? La curiosité les pousse à se masser sur les côtés de la place. Sous le soleil, « à 11 h, les musiques des régiments annoncent le début de la cérémonie pour laquelle près de 6 000 hommes se trouvent rassemblés. » Un pasteur invoque le Très-Haut et les soldats s’assoient à terre tandis qu’un autre prédicateur invoque le devoir de l’Angleterre de combattre. « Il fait comprendre qu’avec l’appui du Tout-Puissant, la victoire doit forcément se tourner du côté du droit. »
 
Les troupes chantent et la foule des Français est impressionnée. « On ferme les yeux pour avoir l’attention portée sur le chant mais lorsqu’on les ouvre, on est surpris de l’extase qui semble figer le regard de ces hommes et on comprend la foi intense qui les anime. » Le général Robertson, commandant en chef, exhorte les hommes à pousser trois « Hourras » : pour l’Angleterre, pour le roi Georges V et pour la France. « C’est le moment le plus émouvant ! » La foule applaudit à tout rompre puis se disperse. « Nous-mêmes, Français, avons été émus jusqu’aux larmes... »
 
Bombardements et conseil municipal
Un mois d’août très bombardé

 

Le compte-rendu mensuel rédigé après la guerre et envoyé au ministère fait état, pour Béthune, d’un mois très agité : outre les 6 et 7 août, six obus sont tombés le 13, vingt le 15, quinze le 21, dix-sept la nuit du 26 au 27. Le 25 août, un obus a touché la gare, et quinze sont tombés la nuit à intervalles de 10 minutes, les Béthunois ont dormi dans leurs caves.
 
Le 4 août 1916, c’était jour de conseil municipal à Béthune
 
Le ministère de l’Intérieur accorde une subvention exceptionnelle à la Ville, qui permettra àl’hospice de réinstaller le matériel des bains-douches, détruit par des bombardements.
 
Supprimées en janvier 1915, les allocations pour les instituteurs et institutrices assurant la classe vont être rétablies, le budget le permet. Au budget supplémentaire, on a aussi inscrit le premier crédit qui, on l’espère, servira un jour à ouvrir un musée de la Guerre, la récolte des souvenirs a commencé. Il faut aussi songer un nouveau cimetière communal.
 
Par ISABELLE MASTIN dans la Voix du Nord

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Published by le modérateur - dans Histoire béthunoise
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