Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Aimer Béthune
  • Aimer Béthune
  • : Le blog d' "Aimer Béthune" : infos diverses sur la vie béthunoise et tant d'autres choses...
  • Contact

Recherche

20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 08:49

Pour le philosophe Pascal Bruckner, la haine que nous vouent les islamistes est un honneur. Et tout n'a pas été essayé pour l'enrayer.

Publié le  | Le Point

Le Point : « Nous avons changé d'époque », dit Manuel Valls. Est-ce vraiment l'époque qui a changé, ou les réponses politiques qui sont, hélas, toujours les mêmes ?

Pascal Bruckner : Nous vivons une époque nouvelle avec des catégories d'hier. Les sept premiers mois de l'année 2016 constituent une séquence proprement hallucinante et presque ridicule aux yeux du monde entier s'il n'y avait cette tragédie qui impose le respect. Il y a eu en effet les morts de janvier et de novembre 2015, les assassinats innombrables, dont ceux de Magnanville – et je ne parle pas d'Orlando, de Bamako, des Philippines, du Bangladesh ou de Bruxelles. Or à quoi a-t-on assisté, en France, durant toute cette période ? À deux épisodes consternants qui sont la déchéance de nationalité (comme si c'était une sanction pour celui qui a choisi le « salut » dans le paradis d'Allah que de perdre la nationalité française) et les manifestations contre une loi El Khomri vidée de sa substance. On est en guerre, nous dit-on ? En état d'urgence ? Mais qu'est-ce que ce serait si ce n'était pas l'état d'urgence ? Défilés, grèves incessantes, émeutes à Paris, Nantes, Rennes, le spectacle d'un pays sorti de l'Histoire qui fait joujou avec les arrêts de travail comme si on était encore dans les années 60. Ce qui s'est passé à Nice est le rappel d'une autre histoire, qui commence le 11 septembre 2001 et qui est la nôtre désormais.

François Hollande s'impose pourtant comme le chef d'une nation en guerre. Il l'a redit, on ira chercher les terroristes « dans leurs repaires »...

Oui, ça fait penser à la phrase de Poutine, soucieux de buter « les terroristes tchétchènes jusque dans les chiottes ». Mais quoi qu'on pense du personnage et de la politique impériale russe, Poutine a modifié le cours de la guerre en Syrie. François Hollande, lui, donne de petits coups de menton. Certains l'ont décrit comme un galet, lisse en apparence, mais dur à l'intérieur. Je crois que c'est le contraire : il est ferme à l'extérieur, mou à l'intérieur, appliquant à une situation de guerre les principes de synthèse qui lui ont réussi à Solférino. Il doit cesser de penser à sa réélection et prendre les mesures qui s'imposent.

Mais lesquelles ? Un Guantánamo à la française, comme le réclame Éric Ciotti ?

Il est bon de participer à la coalition internationale, de conseiller les peshmergas ou les troupes irakiennes, mais il faut aussi rapatrier la guerre : à savoir mener sur notre territoire une guerre de l'ombre juridique, policière, secrète, au lieu de se contenter d'une présence rassurante, mais inefficace, de soldats en armes dans les rues. Il faudra sans doute, et de manière préventive, traiter en ennemis potentiels les 1 000 ou 5 000 suspects radicaux qui sont identifiés. Et séparer dans les prisons les djihadistes des autres détenus, ce qu'avait fait Pasqua dans les années 90 en enfermant dans des casernes des individus appartenant au FIS. Il faut les isoler. Quand on pense que l'avocat de Salah Abdeslam a porté plainte pour atteinte à la vie privée de son client en raison de la vidéosurveillance dont il est l'objet, on se dit que notre État de droit est vraiment tolérant ! Il serait aussi judicieux d'étudier attentivement les recommandations de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats présidée par Georges Fenech, qui se plaint de n'avoir pas été écouté par le gouvernement.

Et ainsi on réglera le problème du terrorisme ? Mais le tueur de Nice n'était même pas fiché...

Nous ne sommes pas maîtres des événements ni des individus violents qui veulent tuer leurs compatriotes en leur fonçant dessus au volant d'un camion ou en les égorgeant. Mais c'est quand même le troisième ou quatrième attentat grave sous le mandat de François Hollande, et on ne peut plus l'exonérer de tout. Le 14 juillet à l'heure du déjeuner, lors de son entretien télévisé, le président de la République se félicitait de la bonne tenue de l'Euro et plus généralement de la situation de la France. Quelques heures après, un homme seul ridiculisait la démonstration de notre puissance militaire sur les Champs-Élysées, infligeant à notre orgueil national une claque sanglante. Le contraste entre les événements et le satisfecit que se donnait François Hollande est insupportable. C'est une défaite symbolique gravissime. En France, comme dans la majorité des pays d'Europe, c'est l'État qui détient les moyens de la violence légitime, contrairement aux États-Unis, par exemple, où n'importe quel citoyen a le droit d'être armé : au risque de voir des citoyens s'entre-tuer sur un coup de folie ou se livrer à des actes de lynchage sur des innocents, comme cela s'est produit après le 11 Septembre. Même si nos compatriotes se sont bien tenus après le 7 janvier et le 13 novembre 2015, nous risquons toujours de voir se déchaîner des attaques en série contre les musulmans, exactement ce que Daech veut provoquer. Pour l'éviter, il faut que l'État frappe, à bon escient, les gens dangereux. Je ne compare pas les situations, mais le général de Gaulle, qui a été confronté à deux tragédies majeures, une première fois en 1940 et une autre fois pendant la guerre d'Algérie, a su éviter la guerre civile sur le territoire français en n'hésitant pas à monter une véritable police politique et en la couvrant de toute l'autorité de l'État.

Le philosophe préconise donc la barbouzerie ?

Non, mais des moyens proportionnels à la menace. De Gaulle, après tout, n'est pas une référence indigne, lui qui fut le grand antifasciste et le grand décolonisateur en France au XXe siècle. On ne parle pas d'un tueur qui poignarde quelqu'un dans la rue, on parle de crimes de masse. Près de 100 personnes à Nice, c'est un crime de masse, le Bataclan aussi. D'autres pays confrontés au terrorisme peuvent également nous inspirer : le Maroc, l'Algérie, et bien sûr Israël. Nous pouvons juger leurs méthodes expéditives, parfois aux limites de la légalité, mais celles-ci sont préférables à la double menace que représenterait la guerre civile et des attentats de grande ampleur à répétition. On parlait de « balkanisation » après le conflit en ex-Yougoslavie. Nous allons désormais nous « israéliser », nous qui avons souvent pensé, en France, surtout à gauche, qu'Israël méritait d'être puni en raison de sa politique coloniale vis-à-vis des Palestiniens. Maintenant, c'est nous qui représentons, aux yeux des fous de Dieu, cette humanité incroyante qui mérite d'être châtiée et frappée sans répit. Je ne renonce pas à l'humanisme, mais, comme disait Camus, il faut d'abord sauver les corps.

( voir la suite en (2)

 

Partager cet article

Repost 0
Published by le modérateur - dans réflexions politiques
commenter cet article

commentaires