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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 14:34

Les islamistes utilisent avec ruse la force des symboles. En renversant le sens du sacrifice eucharistique, ils cachent leur crime derrière un vernis sacrificiel pour engendrer davantage de violence, estime le philosophe et théologien Bertrand Vergely.

Crédits photo: Geoffroy van der Hasselt/AFP

 

Sous le coup du choc provoqué par l'atroce assassinant de ce prêtre à Saint-Étienne-du-Rouvray mardi matin la tentation est grande de vouloir donner une interprétation religieuse d'un tel crime en voyant en lui un rituel sacrificiel. Est-ce le cas?

Les meurtriers de ce matin ont à l'évidence tout fait pour qu'il en soit ainsi. Imaginons que demain, sous le coup de la colère, de la passion et de la soif de vengeance un apprenti justicier se mette en tête de faire couler le

sang de musulmans innocents afin de ne pas laisser le crime commis impuni. Les bourreaux d'aujourd'hui auront vite fait de passer pour les victimes de demain en se donnant le droit de faire à leur tour couler le sang sous prétexte d'un droit à réparer les crimes subis. Si tel est le cas, c'est alors que l'on rentrera dans une logique sacrificielle. Comme dans les sacrifices antiques où le sang des animaux que l'on sacrifiait aux dieux était cessé apaiser leur courroux envers les hommes, le sang que l'on fera couler sera censé apaiser la fureur des hommes. Ce qui ne sera évidemment pas le cas puisque le sang appelant le sang, plus il y aura de sang versé plus on versera le sang. Dans cette logique infernale, si par malheur elle venait à voir le jour, le terrorisme aurait alors beau jeu de réactiver la confusion entre l'Europe et les croisés de l'Occident chrétien de jadis face à un Islamisme innocent ne faisant que se défendre. Et l'opinion publique finirait pour une part tôt ou tard par prendre parti pour l'Islamisme au nom de la lutte contre le racisme. Le but des assassins serait alors atteint. Diviser pour régner. Semer la zizanie pour, dans le chaos produit, faire des recrues parmi des jeunes perdus, soudain captivés à l'idée de pouvoir faire trembler le monde.

Ce qui s'est passé ce matin à Saint-Étienne-du-Rouvray ne relève pas tant du symbole que du crime pur et

simple animé par une logique de manipulation politique de la plus basse espèce. Le symbole qui est, sous la forme d'une image, ce qui relie le visible à l'invisible, l'immanent au transcendant, la matière à l'esprit ainsi que l'extérieur à l'intérieur, est l'outil le plus précieux qui soit de la culture humaine puisqu'il est la culture réalisée sous la forme de la culture vivante. Il arrive que dans la vie on fasse de certains évènements ou de certaines figures des symboles. Quand cela se produit, loin d'allumer les brasiers de la haine, ce geste tend au contraire à les éteindre afin d'élever les esprits. Les assassins, les terroristes aimeraient bien faire passer leur violence pour un symbole et ainsi remplacer le symbole par leur violence. C'est la raison pour laquelle ils ont l'art de manipuler les symboles en allant par exemple comme ce matin dans une église chrétienne profaner ce que le christianisme appelle le sacrifice eucharistique. Face à cela la force du symbole et, derrière lui, de la culture vivante, a toujours été et sera toujours de ne pas se laisser impressionner.

C'est en élevant les esprits et non en semant la terreur que la religion authentique a traversé l'histoire jusqu'à présent et qu'elle continuera à le faire. D'où la rage des terroristes et leur violence, celle-ci étant à la mesure de leur incapacité à élever les esprits. Quand, rêvant d'être un saint on se retrouve n'être plus qu'un vulgaire et minable assassin, comment ne pas être en rage et, pour oublier celle-ci, redoubler de rage?

La plus grande punition pour un assassin sera toujours en définitive d'être un assassin, rappelle Vladimir Jankélévitch. Le crime abominable qui s'est produit ce matin nous ramène à cette cruelle vérité. Ce qui ne nous interdit ni de nous prémunir à l'égard des assassins afin de les mettre hors d'état de nuire, ni d'admirer ce prêtre martyr qui, jusqu'au bout, aura été le témoin de l'élévation de l'esprit face au crime et à la violence obscure.

Bertrand Vergely dans le Figarovox

Agrégé de philosophie et normalien, Bertrand Vergely est philosophe et théogien. Professeur en classes de Khâgne et enseignant à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, il a notamment publié Le Silence de Dieu (Presses de la Renaissance, 2006), Retour à l'émerveillement (Albin Michel, 2010), Deviens qui tu es (Albin Michel, 2014), La tentation de l'homme-Dieu (Le Passeur, 2015) et dernièrement La miséricorde ou la défaite de l'enfer (Médiaspaul, 2016).

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