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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 17:11

Pour justifier le parachutage de son directeur de cabinet Philippe Mauguin à la tête de l'Inra, le ministre se pare des vertus de la transparence. Osé !

 

Lors des questions au gouvernement mercredi 6 juillet à l'Assemblée Nationale, le député LR Patrick Hetzel s'indigne de la nomination de Philippe Mauguin à la tête de l'Institut national de recherche agronomique (Inra). Philippe Mauguin ? C'est le directeur de cabinet de Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, porte-parole du gouvernement et animateur de Hé oh la gauche !, mouvement de soutien à François Hollande.

Cette promotion, qui a tout du parachutage précédant une possible catastrophe électorale, est envisagée depuis des mois. Un collectif de chercheurs a multiplié les signaux d'alarme. Il a même lancé une pétition qui a recueilli plus de 1 000 chercheurs signataires en 24 heures. Mais lundi 4 juillet, avec une sobriété et une discrétion désarmantes, l'Élysée a publié un bref communiqué confirmant que le chef de l'État « envisage de nommer » Philippe Mauguin à la tête de l'Inra. L'emploi du verbe « envisager » n'est pas anodin. Il préserve les apparences de la transparence et de la régularité de la procédure.

Transparence en peau de lapin

Que reproche Patrick Hetzel à cette opération ? De « privilégier une nouvelle fois le copinage plutôt que les compétences », de promouvoir un fonctionnaire qui n'a aucunement le profil d'un chercheur et d'être frappée d'illégalité dans la mesure où Philippe Mauguin exerçait la tutelle de l'Institut qu'il prétend diriger.

Stéphane Le Foll, indigné, répond que l'Inra se situant dans la sphère publique, le délit de pantoufle n'est pas constitué. Peut-être. Mais qu'en est-il du copinage ? Son directeur de cabinet est en compétition avec un autre candidat, qui n'est autre que l'actuel PDG de l'Inra, qui semble donner toute satisfaction. Celui-ci, de surcroît, est un scientifique reconnu, titulaire d'un doctorat, spécialiste de la modélisation de plantes et des systèmes écologiques. Philippe Mauguin, lui, a effectué toute sa carrière dans l'administration centrale et les cabinets ministériels, puisque, avant de seconder Stéphane Le Foll, il a été le conseiller agriculture du Premier ministreLionel Jospin. Il ne peut toutefois exciper d'aucun doctorat, ce qui est considéré comme un problème par nombre de scientifiques : pour diriger le premier institut de recherche agronomique européen, assurent-ils, il est indispensable de bénéficier de cette légitimité.

Usine à gaz bureaucratique

Mais le plus surprenant, c'est la réponse de Stéphane Le Foll à Patrick Hetzel. Le ministre se permet de donner des leçons de transparence : « Avec la loi Fioraso, nous avons donc changé les règles, assène-t-il. Une commission d'experts incontestables s'est réunie et a étudié les dossiers des deux candidats. Leur rapport, pour la première fois, sera transmis par le secrétariat général aux présidents des commissions de chaque assemblée qui statueront sur la candidature. »

Il s'agit d'une version à la fois tronquée et accommodée de la réalité. Le ministre omet de dire que l'Élysée a d'ores et déjà « envisagé » de parachuter son directeur de cabinet. Il oublie aussi de préciser que la consultation des parlementaires résulte de la loi organique de 2010 – adoptée sous le mandat de Nicolas Sarkozy –, et non de la loi Fioraso. Il passe enfin sous silence le fait que, sauf si les trois cinquièmes des suffrages des commissions de l'Assemblée nationale et du Sénat s'opposent à cette nomination, c'est le pouvoir exécutif qui aura le dernier mot.

Ce qu'il ne semble pas réaliser non plus, c'est que la procédure qu'il vante est assez éloignée de la transparence et ressemble plutôt à une usine à gaz bureaucratique. Il a fallu dans un premier temps publier au Journal officiel un avis de vacance pour le poste et créer une commission d'experts qui a auditionné les deux candidats. Puis François Hollande a pu « envisager » la candidature de son protégé. Sur quels critères ? Mystère : la transparence, en effet, ne va pas jusqu'à publier les conclusions rendues par les experts. Il ne restera plus qu'à nommer Philippe Mauguin au creux de l'été, entre le 14 juillet et le 15 août, pour que la « République exemplaire » se distingue vraiment.

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Published by le modérateur - dans infos politiques
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