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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 17:50

Attentat à Nice : et maintenant, que faire ?

Par Philippe Bilger dans Contrepoints

 

Il y a quelque chose de tragiquement indécent dans la condamnation de la monstruosité niçoise comme si cette indignation par le cœur, l’esprit et le verbe représentait une résistance, comme si on ne disposait que de cette dérisoire mais morale démarche,

Entendre dénoncer la lâcheté de ce terroriste est presque lui faire de l’honneur comme si de son vivant il avait pu être sensible à une humanité lui interdisant ce qu’il a rêvé d’accomplir et qu’il a mené odieusement à son terme.

Des accusations un peu faciles

D’abord ne pas croire qu’on est compétent, omniscient. Ne pas se camper dans une posture d’expert et vitupérer par exemple « une classe politique qui serait nulle », comme Gilles Kepel a cru bon de le faire. Alors qu’à ma connaissance il n’avait rien prévu de précis et de concret et que, s’il suffisait de savoir en chambre et en colloques, il y a longtemps que le terrorisme serait éradiqué !

Ensuite ne pas se parer des plumes du paon quand on s’est contenté, l’horreur massive consommée, de l’expliquer, de la paraphraser et de la commenter. Rien n’est plus insupportable face à la brutalité inouïe des faits, aux morts et aux blessés multiples, que de laisser penser qu’il y a des responsables, des coupables aisés à identifier et à incriminer et qu’en amont il aurait été si simple de prévenir ce qui a été déploré en aval.

On a évidemment le droit de laisser entendre qu’on aurait fait mieux, qu’on aurait su éviter le pire à Nice comme ailleurs et que le pouvoir a forcément tort puisque, en charge du réel, il a à en recueillir la terrifiante rançon. Mais j’ai aimé la parfaite honnêteté du député PS Pietrasanta qui a admis que l’application des 40 mesures de son rapport commun avec Georges Fenech n’aurait pas évité les horreurs de Nice.

S’interroger calmement

En même temps, ne pas faire l’économie d’une appréhension technique, objective de ce qui a permis cette épouvante. De ce qui ponctuellement l’a peut-être facilitée, de ce qui fortuitement aurait pu l’empêcher. Malgré des fonctionnaires de police courageux et un citoyen héroïque, ce conducteur, avec son camion loué deux jours avant, a forcé un barrage le 14 juillet sur deux kilomètres et a pu tuer énormément avant d’être abattu. Au risque d’une dépression démocratique, ne convient-il pas de s’interroger sur des impuissances que l’État même le mieux armé doit subir ? À quel moment la tragédie, le crime auraient-ils pu être détournés de leur cours ? Pouvait-on le faire ?

De plus, même si nous ignorons l’exact parcours judiciaire du tueur, il est acquis que, de nationalité tunisienne, il n’était pas connu des services de renseignement ni fiché S ; mais un délinquant condamné pour des violences, et en dernier lieu au mois de mars 2016 à une sanction assortie du sursis.

Dans tous les cas, dorénavant, qu’on cesse de dissocier la lutte contre le terrorisme – elle aurait l’obligation d’être efficace – de la politique pénale ordinaire – elle aurait le droit d’être laxiste – mais que les deux bouts de cette chaîne solidaire pour le pire soient tenus fermement !

Si le rêve de l’union nationale n’a pas de sens, en revanche il serait sain, pour le président de la République, non pas seulement de dialoguer avec les responsables des partis mais d’organiser dans l’urgence une réunion où le pluralisme politique et technique, les avis des professionnels, les idées surgies des deux camps, le débat libre et argumenté autoriseraient, on peut l’espérer, la découverte de solutions, plus d’efficacité avec moins de bureaucratie et de structures. Je suis sûr qu’il y a probablement ici ou là des pépites, des concepts, des modalités novatrices et opératoires aujourd’hui gaspillés parce que confisqués par notre conception sectaire de la République contre le bien commun.

Ne pas se flatter également de limiter la terreur niçoise à son atrocité, à ses causes immédiates et à ses conclusions superficielles. Probablement le combat contre le terrorisme décourage-t-il en profondeur parce que, pour être gagné, il imposerait une réflexion et une action tous azimuts sur la nationalité, la binationalité, les expulsions, la haine de la France de la part de Français au moins formels, la religion dévoyée, les règles du savoir-vivre ensemble, l’autorité de l’État, le courage de l’affirmation ? Trop, un chantier trop vaste. Alors on va au plus facile, au plus immédiat, aux larmes, aux souffrances, à la rage de l’instant. Mais c’est la nation tout entière qui devrait être revisitée de fond en comble.

Quelles mesures pourraient être prises ?

À la suite de ces massacres dont le compte mortel n’est vraisemblablement pas encore terminé, ne pourrait-on au moins s’accorder sur le renvoi dans leur pays des étrangers condamnés après qu’ils auront purgé leur peine ? Cette proposition n’est pas nouvelle mais elle a été reprise par Nicolas Dupont-Aignan. Elle a le mérite de concilier l’efficacité pénale et la sauvegarde de notre pays sans avoir rien qui porte atteinte à l’humanisme. On peut l’appeler double peine si on le désire mais je la percevrais plutôt comme une sanction complétée par sa conséquence logique.

On ne cesse pas de nous répéter que nous serions en guerre contre un ennemi impitoyable à l’extérieur comme à l’intérieur. Pourtant d’aucuns continuent à s’embarquer avec volupté dans des controverses oiseuses sur le plan Vigipirate, l’état d’urgence, la déchéance de nationalité, l’état de droit qui devrait se soucier de ses limites pour ne pas donner le mauvais exemple… Tout cela est vain.

Notre pays est une démocratie et validons que tout ce qui sort d’elle devient légitime, acceptable, nécessaire. Mais précisément les armes de notre démocratie classique sont-elles adaptées, même renforcées, à un ennemi qui est effectivement en guerre contre nous, qu’on ne voit pas mais qui est partout ?

Nous devons d’autant plus tout nous concéder honorablement et efficacement que nous avons la crainte, peut-être même la certitude, face à ce terrorisme solitaire, prêt à mourir, insaisissable, de ne pas pouvoir tout empêcher.

 

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