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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 15:33

Évoquant la construction de l’Europe, Jean Monnet aurait déclaré « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture ». La formule est apocryphe. Peu importe. Le théâtre l’a mise, depuis beau temps, en pratique.

Spectacle The Fountainhead, d’après le roman La Source vive d’Ayn Rand, mis en scène par Ivo Van Hove, joué en néerlandais
et surtitré en français à Avignon en 2014. / Christophe Raynaud de Lage

 

S’il est un univers où la notion de frontières est inexistante, c’est bien le théâtre ! Partout, sans souci des nations, des nationalités, s’y jouent Sophocle, Eschyle, Shakespeare, Molière, Büchner, Tchekhov, Ibsen, Edward Bond, Harold Pinter, Botho Strauss, Koltès, Pommerat…Partout, sont proposés des spectacles créés par les plus grands noms de la scène européenne, soit avec leurs propres acteurs, soit avec ceux du pays qui les accueillent.

Cette saison, on a pu voir, en France, le Russe Vassiliev se confronter à Duras avec les Comédiens-Français au Vieux-Colombier, l’Allemand Peter Stein à Beckett avec Jacques Weber à l’Œuvre, tandis que le Bulgare Galin Stoev révélait, à La Colline, Les Gens d’Oz – une pièce (traduite en français) de sa compatriote Yana Borissova…

Pendant ce temps, en Allemagne, Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, a mis en scène Le Suicidé du Russe Nicolaï Erdman avec la troupe du Berliner Ensemble – peu après que, dans ce temple de la docta brechtienne, Emmanuel Demarcy-Mota, directeur de la Ville et du Festival d’automne, n’y ait présenté Rhinocéros de Ionesco –, et peu avant qu’il n’y revienne avec Six personnages en quête d’auteur, de l’Italien Pirandello…

Réconciliation européenne via le théâtre

Certains n’y verront que de simples échanges commerciaux. Que nenni. Ainsi que le souligne Emmanuel Demarcy-Mota, ces pratiques obéissent à une nécessité plus forte : « La construction d’une Europe des arts et, donc, du théâtre, dont l’existence, en ces temps où l’Europe politique et économique se révèle difficile à bâtir, apparaît comme un symbole. »

Si Europe du théâtre il y a, elle est celle de la conciliation, de la réconciliation. De l’ouverture et de la reconnaissance des autres. Comme en a témoigné, dans les années 1950, le Festival du Théâtre des nations, qui permit le retour sur le devant de la scène du théâtre allemand (avec découverte de Brecht et du Berliner Ensemble !) dans une France, pour partie, encore farouchement antigermaniste.

Comme en a témoigné, au lendemain de la chute du Mur, le programme Theorem mis en place par Bernard Faivre d’Arcier, directeur du Festival d’Avignon, avec le concours d’autres grands festivals étrangers : « À l’époque,explique-t-il, les ex-pays de l’Est s’apprêtaient à rejoindre la Communauté européenne. Notre but était d’aider des jeunes artistes à s’inscrire dans le circuit de sa création théâtrale. »

« On peut ne pas parler seulement d’économie, en oubliant la culture »

Parmi ces « jeunes artistes », se trouvaient entre autres deux valeurs aujourd’hui internationalement reconnues : le Lituanien Korsunovas et le Polonais Warlikowski (metteur en scène, notamment, d’Isabelle Huppert dans Un tramway nommé désir et Phèdre(s) à l’Odéon).

En témoignent toujours, enfin, les divers festivals organisés à travers la France : « Scènes d’Europe », à la Comédie de Reims ; « Chantiers de théâtre » qui, au Théâtre de la Ville, réunit chaque année, au mois de mai, une dizaine de compagnies grecques, italiennes, polonaises, portugaises… à découvrir (1).

« Que l’économie ait été mise en avant lors de la création de l’Europe, et non la culture, n’a rien de scandaleux. Après deux guerres mondiales et la Shoah, la paix était une obsession justifiée. Mais, aujourd’hui, on peut ne pas parler seulement d’économie, en oubliant la culture », reprend Stéphane Braunschweig.

Vers une « Europe des théâtres »

Nommé à la tête de l’Odéon-Théâtre de l’Europe – créé en 1981 par Jack Lang, ministre de la Culture, sous l’impulsion de Giorgio Strehler, grand maître du Piccolo Teatro de Milan –, il entend bien en perpétuer l’utopie « d’une Europe unie par une histoire commune, certes jalonnée de crises et de conflits, mais aussi marquée par l’esprit des Lumières et de tolérance ».

Une Europe dont « l’identité et les valeurs ne reposent pas sur les appartenances religieuses, le repli identitaire, la montée des nationalismes, des xénophobies, des racismes ». Une Europe « humaniste » qui « perd tout sens », s’indigne-t-il, quand est évoquée « une sortie de l’Europe de la Grèce, la mère de la démocratie et d’un théâtre qui a fait tout notre théâtre ».

Directeur lui aussi du Théâtre de l’Europe, de 2006 à 2016, travaillant régulièrement en Catalogne, à Madrid, en Italie…, Georges Lavaudant insiste :« L’Europe du théâtre doit être d’abord une “Europe des théâtres” qui permette à chaque pays d’y exprimer tout ce qui fait sa singularité – sa langue, le style de ses metteurs en scène, le jeu de ses acteurs… C’est son paradoxe : comment faire en sorte que l’on vive ensemble et que, dans le même tempson exalte ses différences. C’est aussi tout l’enjeu de la construction de l’Europe… Sans passer par une circulaire de Bruxelles ! »

Didier Méreuze, le 09/05/2016 dans lacroix.com

(1) Du 11 mai au 4 juin. Rens. Théâtre de la Ville à Paris, au 01.42.74.22.77. www.theatredelaville-paris.com

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Published by le modérateur - dans INFOS DIVERSES
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