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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 16:37

Lundi 14 mars, le Conseil régional a opté pour ce nom qui fait figure de compromis entre habitants du Nord et Picards. Cette appellation a-t-elle une pertinence historique, géographique, sociale ? Éclairage de l'historien Laurent Warzoulet, co-directeur de "l'Histoire des provinces françaises du Nord (1914-2014).

Laurent Warlouzet est maître de conférences en histoire à l’Université d’Artois, co-directeur de l’Histoire des Provinces françaises du Nord, 1914-2014 (Artois Presses Universités).

 

"Hauts-de-France", tel est le nouveau nom choisi par le Conseil régional pour désigner la nouvelle région issue de la fusion des régions Nord-Pas de Calais et Picardie. Ironie du sort, les territoires concernés sont parmi les plus bas de France. En général, l’appellation "haut" est réservée à des terres situées en amont du cours d’un fleuve (ainsi du Haut-Rhin ou de la Haute-Loire).

 

Il est vrai que le choix était particulièrement difficile. Beaucoup de régions doivent leur nom à l’histoire ou à la géographie. On trouve dans le premier camp la Bretagne, la Normandie, ou la Bourgogne, territoires aux frontières bien identifiées depuis des siècles, et dans le second camp des ensembles comme Rhône-Alpes ou Pays de la Loire.

 

Dans le Nord de la France, impossible de trouver un tel dénominateur commun. La nouvelle région est composée de la Flandre, de l’Artois, du Hainaut, mais aussi de la Picardie historique, cependant que la majeure partie de l’Oise faisait partie d’un ensemble capétien à l’origine de l’Île-de-France. Ces terres ont toujours été partagées entre les rois de France, les comtes de Flandres et les souverains impériaux selon des frontières mouvantes.

 

L’appellation "Nord de France" s’imposait

 

Le seul critère restant est donc celui de la visibilité, en particulier internationale. Après tout, la réforme des régions a pour but de renforcer le poids des régions française en Europe et dans le monde.

 

Dans cette perspective, l’appellation "Nord de France" s’imposait. Elle aurait permis d’identifier immédiatement, dans le monde entier, la place des habitants de cette région. Tout le monde connaît la France de par le monde, mais bien peu ont entendu parler d’Amiens ou même de Lille.

 

Des esprits chagrins se sont opposés à l’adjectif "Nord" considéré comme stigmatisant. Nier le caractère nordiste de cette région serait comme renier ses origines, sa taille ou la pointure de ses chaussures, autant d’éléments qu’on ne peut changer. Les habitants du Nord-Pas de Calais mais aussi de Picardie sont déjà largement associés au Nord dans l’esprit des habitants du reste du pays.

 

Le nier serait ridicule. Compte-t-on sur le changement climatique pour promouvoir l’ensoleillement de cette région et camoufler un peu plus son identité septentrionale ? Au contraire, il aurait fallu non seulement accepter l’appellation "Nord", mais aussi la revendiquer, en profitant d’un capital de sympathie hier chanté par Enrico Macias ou Pierre Bachelet, et aujourd’hui entretenu par "Bienvenue chez les Ch’tis".

 

Affirmer la vocation de ce territoire

 

D’ailleurs, que font les voisins étrangers de notre belle région du Nord ? Ils habitent en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne), au Brabant du Nord (Pays-Bas), au Nord-Yorkshire (Royaume-Uni) sans se plaindre d’une stigmatisation continuelle. Bien au contraire, lors de la crise de l’euro, la vertueuse Europe du Nord était opposée à la sympathique mais dépensière Europe du Sud.

 

Choisir "Nord de France" reviendrait à affirmer la vocation septentrionale de ces cinq départements, et ainsi renouer avec une de leur originalité : une histoire commune avec l’Europe du Nord-Ouest, celle duBenelux, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, et ce pour le meilleur et pour le pire.

 

Les cinq départements ont tous connus les effrois de la Première guerre mondiale, avec les tranchées mais aussi une moitié de leur territoire occupée pendant quatre ans. Ils ont bénéficié des flux économiques internationaux, ainsi des métiers à tisser Leavers importés frauduleusement d’Angleterre à Calais.

 

La région profite aujourd’hui d’une industrie agro-alimentaire puissante, et de la présence de multinationales françaises et étrangères (Coca-Cola, Toyota, etc.) qui doivent leur prospérité aux exportations. 

 

Garder le logo de la région Nord-Pas de Calais

 

Zone d’industrialisation précoce et massive, la région a attiré des travailleurs d’autres régions de France et du monde. Ainsi, par exemple, Charbonnages de France a organisé des campagnes de recrutement dans les campagnes pauvres du Maroc dans les années 1960 pour nourrir le flux de travailleurs dans le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais.

 

Ces Marocains, mais aussi ces Italiens, ces Polonais, ou ces Belges venus travailler dans le textile ou le charbon, sont aujourd’hui des Nordistes à part entière, bien plus que des "Hautistes" ou des "Franc-hautistes".

 

Formulons un vœu, que les édiles de la nouvelle région gardent l’ancien logo de la région Nord-Pas de Calais, l’un des plus réussi malgré son absence de caractère historique, car il associait le cœur aux beffrois. En y ajoutant un élément du patrimoine picard, peut-être une flèche de cathédrale gothique, il permettrait de promouvoir l’identité généreuse et affirmée du Nord.

"Hauts-de-France", tel est le nouveau nom choisi par le Conseil régional pour désigner la nouvelle région issue de la fusion des régions Nord-Pas de Calais et Picardie. Ironie du sort, les territoires concernés sont parmi les plus bas de France. En général, l’appellation "haut" est réservée à des terres situées en amont du cours d’un fleuve (ainsi du Haut-Rhin ou de la Haute-Loire).

 

Il est vrai que le choix était particulièrement difficile. Beaucoup de régions doivent leur nom à l’histoire ou à la géographie. On trouve dans le premier camp la Bretagne, la Normandie, ou la Bourgogne, territoires aux frontières bien identifiées depuis des siècles, et dans le second camp des ensembles comme Rhône-Alpes ou Pays de la Loire.

 

Dans le Nord de la France, impossible de trouver un tel dénominateur commun. La nouvelle région est composée de la Flandre, de l’Artois, du Hainaut, mais aussi de la Picardie historique, cependant que la majeure partie de l’Oise faisait partie d’un ensemble capétien à l’origine de l’Île-de-France. Ces terres ont toujours été partagées entre les rois de France, les comtes de Flandres et les souverains impériaux selon des frontières mouvantes.

 

L’appellation "Nord de France" s’imposait

 

Le seul critère restant est donc celui de la visibilité, en particulier internationale. Après tout, la réforme des régions a pour but de renforcer le poids des régions française en Europe et dans le monde.

 

Dans cette perspective, l’appellation "Nord de France" s’imposait. Elle aurait permis d’identifier immédiatement, dans le monde entier, la place des habitants de cette région. Tout le monde connaît la France de par le monde, mais bien peu ont entendu parler d’Amiens ou même de Lille.

 

Des esprits chagrins se sont opposés à l’adjectif "Nord" considéré comme stigmatisant. Nier le caractère nordiste de cette région serait comme renier ses origines, sa taille ou la pointure de ses chaussures, autant d’éléments qu’on ne peut changer. Les habitants du Nord-Pas de Calais mais aussi de Picardie sont déjà largement associés au Nord dans l’esprit des habitants du reste du pays.

 

Le nier serait ridicule. Compte-t-on sur le changement climatique pour promouvoir l’ensoleillement de cette région et camoufler un peu plus son identité septentrionale ? Au contraire, il aurait fallu non seulement accepter l’appellation "Nord", mais aussi la revendiquer, en profitant d’un capital de sympathie hier chanté par Enrico Macias ou Pierre Bachelet, et aujourd’hui entretenu par "Bienvenue chez les Ch’tis".

 

Affirmer la vocation de ce territoire

 

D’ailleurs, que font les voisins étrangers de notre belle région du Nord ? Ils habitent en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne), au Brabant du Nord (Pays-Bas), au Nord-Yorkshire (Royaume-Uni) sans se plaindre d’une stigmatisation continuelle. Bien au contraire, lors de la crise de l’euro, la vertueuse Europe du Nord était opposée à la sympathique mais dépensière Europe du Sud.

 

Choisir "Nord de France" reviendrait à affirmer la vocation septentrionale de ces cinq départements, et ainsi renouer avec une de leur originalité : une histoire commune avec l’Europe du Nord-Ouest, celle duBenelux, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, et ce pour le meilleur et pour le pire.

 

Les cinq départements ont tous connus les effrois de la Première guerre mondiale, avec les tranchées mais aussi une moitié de leur territoire occupée pendant quatre ans. Ils ont bénéficié des flux économiques internationaux, ainsi des métiers à tisser Leavers importés frauduleusement d’Angleterre à Calais.

 

La région profite aujourd’hui d’une industrie agro-alimentaire puissante, et de la présence de multinationales françaises et étrangères (Coca-Cola, Toyota, etc.) qui doivent leur prospérité aux exportations. 

 

Garder le logo de la région Nord-Pas de Calais

 

Zone d’industrialisation précoce et massive, la région a attiré des travailleurs d’autres régions de France et du monde. Ainsi, par exemple, Charbonnages de France a organisé des campagnes de recrutement dans les campagnes pauvres du Maroc dans les années 1960 pour nourrir le flux de travailleurs dans le bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais.

 

Ces Marocains, mais aussi ces Italiens, ces Polonais, ou ces Belges venus travailler dans le textile ou le charbon, sont aujourd’hui des Nordistes à part entière, bien plus que des "Hautistes" ou des "Franc-hautistes".

 

Formulons un vœu, que les édiles de la nouvelle région gardent l’ancien logo de la région Nord-Pas de Calais, l’un des plus réussi malgré son absence de caractère historique, car il associait le cœur aux beffrois. En y ajoutant un élément du patrimoine picard, peut-être une flèche de cathédrale gothique, il permettrait de promouvoir l’identité généreuse et affirmée du Nord.

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Published by le modérateur - dans réflexions diverses
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