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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 10:59

Vingt ans après le décès de l’ancien président et quarante-cinq ans après le congrès d’Épinay, le Parti socialiste vit difficilement sa mue idéologique.

De la maison natale de François Mitterrand au cimetière des Grands’Maisons, à Jarnac, François Hollande va évoquer la mémoire de l’ancien président de la République, mort il y a vingt ans, jour pour jour.

Cet anniversaire, qui coïncide en 2016 avec les 100 ans de sa naissance, les 35 ans du 10 mai 1981 et les 45 ans du congrès d’Épinay, met en lumière les destins entremêlés de François Mitterrand, de François Hollande et du Parti socialiste.

 

L’AMBITION DE « CHANGER LA VIE »

Les deux présidents de gauche de la Ve  République ont chacun eu pour ambition de « changer la vie ». L’exercice du pouvoir les a contraints au pragmatisme et, dans leur sillage, le PS s’est à chaque fois un peu plus transformé.

Lorsque François Mitterrand en prend la direction avec l’aide des centristes et de l’aile gauche au « congrès de l’unité » à Épinay, en juin 1971, c’est pour en faire un objet de conquête du pouvoir.

 « Violente ou pacifique, la révolution c’est d’abord une rupture, lance-t-il à la tribune. Celui qui n’accepte pas la rupture – la méthode, cela passe ensuite –, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi – politique, cela va de soi, c’est secondaire… – avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ». 

 

RASSEMBLER LES FORCES À GAUCHE

Avec le désir de rééquilibrer la gauche, François Mitterrand « use du discours de la radicalité pour trois raisons : il faut ancrer le nouveau PS à gauche pour corriger ses déviations droitières de l’ère Mollet, attirer à lui la jeunesse militante de Mai 68, mais aussi disputer au parti communiste son monopole révolutionnaire – au moins dans le discours », analyse l’historien Michel Winock dans une biographie .

 « Mitterrand avait un talisman : rassembler les forces de gauche. Il était l’homme qui rassemblait des diasporas, rendait compatibles les différences des courants socialistes », ajoute la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann, qui était présente au congrès. Avec cette stratégie d’unité du parti, puis d’union de la gauche, François Mitterrand plante le décor de sa victoire à l’élection présidentielle en 1981.

Partageant avec son prédécesseur une forme d’habileté politique, François Hollande emprunte la même voie pour gagner en 2012. Le point d’orgue en sera son discours du Bourget : « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ».

 

ENTRE RUPTURE ET GESTION PRAGMATIQUE

Pour prendre le pouvoir, le message à gauche est donc préservé. Mais confronté à l’exercice du pouvoir, le PS se retrouve partagé entre l’utopie et la culture de gouvernement. « L’histoire de la famille socialiste, c’est l’histoire d’une contradiction entre une pratique politique de gestion pragmatique et un discours de rupture voire révolutionnaire », relève Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine, pour qui « Mitterrand avait préservé cette ambiguïté ». 

Le PS éprouve pour cette raison bien des difficultés à se dégager de son histoire. La preuve en est chaque fois que l’un de ses responsables évoque sa « mort » ou un changement de nom. Aujourd’hui plus qu’hier, il lui est difficile aussi d’accepter le tournant idéologique.

 « Avec François Hollande et Manuel Valls, on est passé, par les discours, à une manière très différente d’assumer une inflexion vers le social-libéralisme et l’insistance sur des notions iconoclastes, comme l’ordre et la sécurité », poursuit l’historien Jean Garrigues.

 

UNE SYNTHÈSE DIFFICILE AU SEIN DU PARTI SOCIALISME

 « Cette transformation radicale est clivante, explique encore Jean Garrigues. Elle révèle la présence a minima de deux courants socialistes : une ligne de transformation tenue par le binôme exécutif et une ligne qui veut rester fidèle au socialisme depuis 1945 ». Malgré les concessions faites par le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis à la ligne Aubry lors du congrès de Poitiers en juin  dernier, ou les gestes adressés aux frondeurs durant la discussion budgétaire, les divisions restent fortes et les tentatives de recomposition en germe.

 « On ne sait pas faire des synthèses politiques. On fait des synthèses tactiques, des concessions formelles à l’instant T », regrette Marie-Noëlle Lienemann, membre de l’aile gauche du PS. Refusant l’idée que François Mitterrand aurait voulu écarter une partie de la gauche avec le départ des communistes du gouvernement en 1984, elle estime que « Hollande discrédite la pensée de la gauche en la présentant comme dépassée, archaïque ». 

De fait, les deux présidents ont mis le PS à distance, au moment de briguer un nouveau mandat présidentiel. Impopulaire, François Mitterrand avait opéré pour « un recentrage, un rassemblement apolitique, en 1988 », rappelle Jean Garrigues. Une stratégie que, vingt-huit ans plus tard, François Hollande reprend à son compte.

CORINNE LAURENT pour lacroix.com ( image du blog )

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