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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 13:57

À ceux qui vont lire cet article, quelques précautions d’usage : si vous ne supportez pas l’analyse politique et que pour vous le monde ne se découvre qu’en Noir et Blanc alors ce texte ne vous apportera qu’incompréhension et agacement … voire une rage idéologique bête et méchante mais surtout insupportable alors passez votre chemin… Si vous aimez par contre réfléchir au delà des sentiments sur le sens des valeurs et la tectonique des idéologies partisanes, alors vous ne risquez rien à poursuivre votre lecture …

Les empires les plus vastes et solides s’effritent avant de tomber en poussière comme s’enflamment et disparaissent les terrifiants dragons de papier. Il en est ainsi également des idéologies que notre suffisance trop humaine voudrait nous faire passer pour immuables et même immortelles. J’aimerais vous parler du socialisme. Les universitaires Georges Bourgin et Pierre Rimbert le définissaient comme « une forme de société dont les bases fondamentales sont la propriété sociale des instruments de production ; la gestion démocratique de ces instruments ; l’orientation de la production en vue de satisfaire les besoins individuels et collectifs des    hommes ».
Ce socialisme, porteur du principe d’égalité sociale et de défense des classes populaires opprimées dans le cadre du système économique libéral, s’est transformé au fil des décennies pour devenir aujourd’hui un discours lénifiant sur le droit des autres ou plutôt, les droits de l’autre. Depuis le milieu des années 70, sous l’impulsion des anciens trotskistes ralliés à la cause mitterandienne avec l’idée d’aller à la soupe une fois que le pouvoir serait conquis, la gauche s’est détournée des classes laborieuses, des petits agriculteurs, des ouvriers et du petit personnel de service au profit d’une clientèle électorale non plus simplement définie par son niveau social ou celui de ses revenus mais par le caractère minoritaire de son appartenance à la communauté nationale. Le parti socialiste (mais en fait toute la gauche) s’est transformé en groupement de défense et de promotion des minorités : sexuelles, religieuses, d’origines, de couleurs …
Cette stratégie politique qui est loin d’être honteuse est également loin d’être isolée. Ainsi tous les analystes politiques un peu sérieux ont expliqué en long et en large comment Barack Obama et le Parti démocrate sont parvenus au pouvoir aux Etats-Unis en rassemblant très largement l’ensemble des minorités. C’est ainsi qu’Obama expliquait à la veille de sa réélection en 2012 : «Puisque nous sommes “off the record”, je vais vous le dire franchement, si je remporte un deuxième mandat, ce sera en grande partie dû au candidat républicain qui s’est aliéné le vote du groupe démographique qui augmente le plus dans ce pays, la communauté latino.»
Hispanique, noire, gay, toutes les minorités comptent dans l’espace politique américain. Ainsi, la population hispanique en âge de voter représentait 9% de l’électorat en 2008 et 11% en 2012 année où 75 % des Latinos ont voté pour Obama. Comme en 2008, Barack Obama bénéficie également d’un soutien massif de la minorité noire, elle aussi en croissance démographique avec 13 % du corps électoral et 92 % de soutien pour le Président. Dans la population blanche, le Président démocrate obtient un soutien massif chez la classe moyenne supérieure et est largement rejeté par les classes populaires qui, quand elles votent, se tournent désormais vers les Républicains.

Cette stratégie politique a aussi été payante en France puisque finalement, en 2012, François Hollande a rassemblé toutes les minorités écorchées parfois blessées par la droite de Nicolas Sarkozy. La césure américaine existe bel et bien en France avec plus ou moins de succès. Lors des élections régionales, Claude Bartolone en a fait le terrible constat, obtenant des scores soviétiques dans les quartiers « bobo » parisiens mais ne parvenant pas à mobiliser l’électorat du 93, son département, où le taux de participation a été le plus bas de la région. Ainsi, la stratégie des minorités et de la gauche « intellectuelle » est elle battue en brèche si le fameux électorat « minoritaire » ne se mobilise pas pour aller voter. Bartolone comptait sur les électeurs issus de l’immigration dans le 93 ce qui explique la petite phrase sur sa rivale « défenseure de la race blanche » qui visait à motiver les électeurs « noirs et arabes » pour parler simplement. Ce fut raté. Non seulement le 93 a connu la pire mobilisation de toute la région mais au contraire, l’attaque a mobilisé l’électorat « petit blanc » qui s’était porté sur le FN au 1er tour et qui a préféré garantir la défaite de Bartolone et donc reconstituer un front de droite au 2nd tour.
Ainsi, en 2017, l’épouvantail Sarkozy risque de ne plus être suffisant pour masquer et compenser le vrai drame de la Gauche : elle est devenue le parti de l’élite et qui plus est une élite qui méprise le peuple et la démocratie refusant ostensiblement d’écouter la volonté populaire et ce au nom d’une idée (plus haute) qu’elle se fait de la démocratie et de la République. D’un point de vue idéologique on retrouve là la base des tenants d’une démocratie représentative qui se méfie d’un peuple enfant qu’elle souhaite éduquer; elle hait la démocratie directe et l’idée d’un peuple réellement souverain qui pourrait imposer sa volonté au delà des principes que la gauche considère comme intangibles dans le système démocratique.
D’un point de vue politique, la gauche a non seulement abandonné les classes populaires mais le débat sur la déchéance de la nationalité est venu acter l’affirmation d’un mépris totalement assumé de la gauche intellectuelle envers son ancienne clientèle populaire.
En effet, la question de la déchéance de la nationalité pour les terroristes, qui était un brillant piège politique tendu par François Hollande à la droite et l’extrême droite, s’est violemment retourné contre son initiateur tout simplement parque c’est un sujet impossible à traiter avec la gauche telle qu’elle est devenue : intellectuelle, internationaliste et autoritophobe. Au début, ils ont attaqué la mesure sur son efficacité : la déchéance de la nationalité n’empêche pas les terroristes de commette des actes terroristes… la belle affaire que voilà, car personne ne relève que ce qui est vrai pour la déchéance de la nationalité l’est aussi pour la prison … un homme qui s’apprête à se faire exploser au milieu d’un stade risque de ne pas être très impressionné par un séjour de court terme (ils le sont toujours) au sein de notre système carcéral. Efficacité Zéro et pourtant personne ne propose de supprimer les peines de prison pour les actes terroristes ….

 Le sujet n’est donc pas là. Concrètement, l’intérêt de la mesure est de donner le moyen à l’Etat de condamner des jeunes qui seraient partis en Syrie à la déchéance de la nationalité et d’empêcher ainsi leur retour sur le territoire français. Le sujet ici est de savoir si ces jeunes (binationaux ou non) sont encore français… Ils sont aux yeux de la très grande majorité des français, non pas des concitoyens perdus mais plus prosaïquement des soldats ennemis à abattre. Comment voulez vous que Cécile Duflot et ses amis se retrouvent dans un texte qui met en exergue la résistance à un ennemi dans le cadre d’une guerre, eux dont le corpus idéologique est fondé sur le pacifisme, la fin des frontières, la fin des pays et des nationalités c’est au delà des forces de cette gauche qui n’en peut plus de vomir Valls, Hollande, leur état d’urgence et leurs mesures de « droite » ils vomissent, encore et toujours, parfois plein de bon esprit … des cris d’orfraies qui ne tiennent nullement compte du fait que 94 % des français se déclarent favorables à la mesure …. La gauche, face au peuple… la Gauche contre le peuple !
Et là, pour une fois, c’est la droite qui remercie chaudement les militants de gauche qui s’opposent avec autant de verve et de talent oratoire à une mesure mise en place par le Gouvernement « socialiste » et soutenue par 94 % des français … Mettre autant de bonne volonté dans un suicide politique c’est presque touchant … Mais quel est le rapport avec la défense des minorités ?? Et bien justement c’est le cœur de la réaction des militants, de certains décideurs et de tous les penseurs de la gauche … de toutes celles et tous ceux qui glorifient Christiane Taubira, porte voix de cette gauche des minorités qui plonge la France dans une repentance jusqu’à l’absurde sur son passé. Une gauche internationalisée telle que Trotsky aurait pu la rêver mais sans la révolution qui allait avec. Elle se contente de penser la politique  comme si les pays, les frontières et les nationalités n’existaient plus … En d’autres termes, il s’agit toujours d’une gauche de discours mais jamais de gouvernance. Une gauche de principe, de valeurs mais jamais inscrite dans la réalité d’un monde sombre et dangereux.
Il est grand temps que la gauche assume enfin sa fracture et que le parti de Gouvernement dit  « socialiste » se déleste des oripeaux glorieux de sa vieille histoire révolutionnaire pour constituer ce grand parti social démocrate dont nous sommes nombreux à attendre l’avènement … mais sans le rouge, sans le vert, sans les idéologies destructrices d’une gauche moribonde.

 

( Publié dans itsgoodtobeback )

"Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir"

Aimé Cesaire 

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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