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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 10:55

Le 13 novembre, l’Insee annonçait que 14 900 emplois salariés marchands ont été créés au 3e trimestre – ce qui est peu mais, au moins, est positif. Patatras : le 26 novembre était publié le nombre d’inscrits à Pôle emploi n’exerçant pas d’activité en octobre, qui décollait de 42 000 en un seul mois. Ce chiffre n’augure a priori pas très bien de l’évolution du taux de chômage en fin d’année – lequel était stable à 10 % au 2e trimestre. Entre un chiffre qui baisse, un autre qui décolle et un troisième qui stagne, le diagnostic sur l’« inversion de la courbe du chômage » navigue aujourd’hui entre le strabisme et l’enfumage. Peut-on dire, comme un responsable gouvernemental enthousiaste sur son compte Twitter le 13 novembre, que « notre politique économique permet de recréer de l'emploi » (à supposer que ladite politique existe) ? Une analyse dépassionnée suggère que cette affirmation est probablement erronée et devrait le rester au cours des prochains mois. Telle sœur Anne dans le conte de Perrault, on ne voit en effet toujours pas venir une prochaine baisse durable du chômage. Et pour paraphraser la belle chanson de Charlelie Couture évoquant ladite sœur Anne, la fameuse inversion de la courbe du chômage, promise pour fin 2013, paraît décidément Partie sans rien dire.

Attentisme des patrons. En premier lieu, l’évolution positive de l’emploi salarié depuis quelque mois reflète surtout des créations d’emplois dans l’interim qui ne se diffusent pas aux autres secteurs, lesquels ont jusqu’ici continué à détruire des emplois nets. En d’autres termes, les patrons sont attentistes : ils ne considèrent pas que l’activité se redresse suffisamment pour procéder à des embauches durables. Par conséquent, attendre que la coube s'inverse d'elle-même, comme le font les pouvoirs publics depuis plus de 3 ans, constitue un vœu pieux et quelque peu naïf.

En second lieu, l’évolution du nombre d’inscrits à Pôle emploi est probablement un peu plus dégradée que ne l’indiquent les statistiques officielles. Le gouvernement ne peut en effet pas s’empêcher d’utiliser les vieilles ficelles en envoyant les inscrits dans des contrats aidés souvent bidons, ce qui permet de basculer ces personnes en catégorie E que les journalistes ne commentent pas, et de les retirer des très commentées catégories A, B et/ou C. Quoi qu’il en soit de l’orientation des sunlightsmédiatiques, les faits demeurent têtus et Pôle emploi fonctionne plus que jamais à plein régime soit pour des chômeurs étiquetés comme tels, soit pour des chômeurs habillés avec des contrats aidés.

Enfin, les performances peu glorieuses du marché du travail en 2015 ont eu lieu dans un contexte international pourtant relativement porteur. Les effets bénéfiques du repli de l’euro et du prix du baril ont contribué à soutenir le taux de croissance d’environ 0,5 % de PIB cette année. Sans eux, l’intérim n’aurait pas créé d’emplois. Ces effets se dissiperont en 2016. Décidément, l’inversion de la courbe du chômage, comme dit Charlelie, « j’ai peur de l’avoir perdue/comme on perd la mémoire ».

Frédéric Gonand, dans l'Opinion

( professeur d’économie associé à l’Université Paris-Dauphine )

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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