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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 17:17

ENTRETIEN dans le journal La Croix, avec Virginie Maris, philosophe de l’environnement, chargée de recherche au centre d’écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS.

 

Virginie Maris, philosophe de l’environnement, revient sur le rapport entre l’Homme et la Nature-LE FORUM CNRS.FR

La quasi-totalité des pays du monde sont réunis ces derniers jours autour de la question climatique. Qu’attendez-vous de ce sommet ?

Virginie Maris : J’aimerais que ce moment nous renvoie à notre propre vulnérabilité en tant qu’humanité. Qu’il nous fasse penser à notre solidarité avec le reste du vivant. Les impacts du réchauffement climatique sur les sociétés humaines, la santé, l’économie sont abondamment commentés, ce qui est évidemment indispensable.

Mais les effets dramatiques de ces changements sur le reste du vivant et l’équilibre des écosystèmes se font déjà sentir. Il me semble crucial de ne pas les occulter. À défaut, le risque est grand de sacrifier la nature et notre relation à elle à la poursuite de solutions très techniques qui ne questionnent pas nos façons de vivre, nos modes de consommation, notre rapport à l’environnement.

Ce que vous souhaitez, c'est moins de techniques et plus d'éthique?

V. M.  : Le problème du changement climatique fait partie d’un problème plus vaste de dérèglement de notre rapport à la nature, marqué par une forme d’aveuglement face aux limites des ressources naturelles. Si nous ne saisissons pas cette occasion pour nous interroger sur notre rapport à nous-mêmes, aux autres et à la nature, sur des bases éthiques, alors nous n’obtiendrons pas de solutions satisfaisantes.

Même les défenseurs de l’environnement insistent davantage aujourd’hui sur les impacts du réchauffement climatique sur les communautés humaines plutôt que sur la nature. Est-ce un mouvement général, qui vise à être mieux entendu ?

V. M.  : Que ce soit dans le champ du changement climatique ou celui plus vaste de la protection de l’environnement, parler des valeurs de la nature est devenu presque tabou. On parle de « services écosystémiques », c’est-à-dire du bénéfice que tirent les humains du fonctionnement des écosystèmes, plus qu’on ne parle de biodiversité. De plus en plus de militants et de scientifiques se disent en effet que seuls les intérêts humains mobilisent les gens et qu’il ne faut plus parler que de cela.

Je n’ai pas la même analyse. Je ne pense pas que les gens soient égoïstes et motivés par leurs seuls intérêts. Je lutte pour ma part pour qu’il existe des discours variés. Il ne s’agit pas de remplacer une pensée unique par une autre mais d’accepter ce constat évident qu’il y a une grande diversité de valeurs et de positionnements dans notre rapport à la nature.

La rationalité fondée sur les seuls intérêts humains ne peut pas être la seule à avoir voix au chapitre. D’autant qu’on peut s’interroger sur sa pertinence : n’est-ce pas elle qui a provoqué les problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés ?

En outre, la posture anthropocentrée ne correspond pas à la psychologie réelle de la plupart des êtres humains. Peu d’entre nous regardent un arbre en pensant au nombre de bûches qu’on pourrait y débiter et personne n’a envie de le voir remplacé par un arbre en plastique.

Un des défauts de la négociation n’est-il pas que la nature n’en est pas partie prenante ?

V. M.  : Au fond, les entités les plus concernées par la négociation climatique n’en font pas partie, puisque ni les non-humains ni les générations futures ne sont présents à la COP21 ! Certains philosophes ou experts tentent d’imaginer des modes de représentation pour ces entités dans la négociation. J’ai tendance à croire pour ma part qu’il faut interpeller notre responsabilité.

Il ne s’agit pas de créer des fictions qui permettent aux non-humains et aux générations futures de participer à la négociation mais de prendre vraiment conscience de nos responsabilités, en tant qu’êtres humains contemporains, vis-à-vis d’eux. C’est à nous d’endosser leurs voix, ce que nous faisons par exemple en tant que parents quand il s’agit de prendre en charge l’intérêt de nos enfants.

La COP21 est-elle l’expression d’une humanité unie, confrontée à un destin commun ?

V. M.  : Cette réunion pourrait s’apparenter à une tentative de gouvernance globale face à un enjeu global. Mais ce n’est pas vrai que nous sommes tous dans le même bateau. Nous ne sommes pas également responsables et ne serons pas non plus également vulnérables. Et l’un des problèmes vient justement de ce que les responsables historiques que sont les pays développés sont probablement ceux qui subiront le moins les bouleversements climatiques à venir.

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Published by le modérateur - dans réflexions diverses
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