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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 11:14

Le 6 décembre, le FN faisait un score historique au premier tour des Régionales. Le lendemain, beaucoup d’élus appelaient à une auto-critique dans la manière de faire de la politique. Nous avons proposé à Bernard Haesebroeck, maire (PS) d’Armentières, et à Michel Plouy, son principal opposant (LR) de se livrer à l’exercice.

Gilles Contraire pour la Voix du Nord )

 

Bernard Haesebroeck, maire PS d’Armentières

– La moitié des électeurs ne votent plus. Certains politiques disent il faut que l’on soit plus crédibles...

«Oui, indéniablement. Avec les exemples que l’on a eus, à gauche comme à droite, de Juppé à Cahuzac... Moi j’aime bien dire quand je peux ou je ne peux pas. Vous ne me verrez jamais dévier d’une certaine éthique. C’est pour moi la différence entre le politique et le politicien, qui est prêt à tout pour y arriver. Vous ne me verrez jamais affabuler. Je peux me tromper, d’où l’importance de prendre du recul par rapport à des situations, des résultats. »

– Est-ce que vous aussi, vous vous dites qu’il est nécessaire que vous fassiez votre autocritique ?

« Bien sûr, nécessairement. L’électeur, il vote comme il ressent le moment du vote. Avec ses peurs, ses frustrations, son mécontentement, avec là le prisme national qui l’emporte sur le local. C’est compliqué pour les maires, c’est perturbant. J’avoue que les 45% du FN au bureau de vote du Temps Libre, les 47% du Bizet m’interpellent. Ils sont dix points au-dessus de la moyenne de la ville. Qu’est-ce qui fait qu’ils sont si haut ? Il faut prendre ça avec beaucoup d’humilité en se disant qu’est ce qui peut être la cause de ça ? On a fait une première analyse. Il y a un premier fait. Ces scores-là collent parfaitement avec la géographie prioritaire. Il y a une corrélation forte entre pauvreté et vote de colère. Ensuite, je me dis bon sang, la démocratie participative dans cette ville, ce n’est pas de la merde ! Je fais des permanences toutes les semaines... »

– Qu’est-ce qui ne fonctionne pas selon vous au-delà de la dimension nationale ?

« Je suis modeste, mais il y a un éloignement considérable des gens par rapport à la chose publique. Ce n’est même pas la politique. Il y a un faisceau : citoyenneté défaillante, colère, impatience, égoïsme, individualisme... »

– Certes, mais revenons à ce qui dépend du pouvoir politique local. Vous remettez-vous en cause sur ce que vous avez fait ou pas fait ?

« Oui, bien sûr, mais avant ça, je reste sur la citoyenneté. Le maire, il prend toutes les sauces, que ce soit l’emploi, le logement. On pense que le maire est tout-puissant ! Non. »

– Avez-vous le sentiment d’être toujours en contact avec les électeurs ?

« Ça fait des années que les mêmes gens attendent, espèrent un emploi, un logement. Les années passent et c’est toujours difficile. Ce sont les institutions et le contexte économique qui sont compliqués, il ne faut pas l’oublier. Oui, il y a une responsabilité collective. En 2004, j’ai fait 82 % au bureau de vote Léo-Lagrange aux départementales. Cet électorat-là, il est où aujourd’hui? Au FN. Ils y sont pour plein de raisons, peut-être à cause de moi, je ne m’exclus de rien, mais c’est pour ça que je dis que la société évolue. Ai-je démérité ? Peut-être, je n’en sais rien, mais j’ai quand même essayé de faire le mieux possible. Quoiqu’on dise, je suis un maire disponible. À moins que je sois complètement à côté, je pense être proche des gens, de mes gens. Ce n’est peut-être pas suffisant, je vais d’ailleurs faire bouger les choses. Moi j’incarne la gestion locale, je n’incarne pas la gestion gouvernementale, ce que les gens ne voient plus. »

 

Michel Plouy, conseiller municipal et conseiller départemental (Les Républicains)

– Beaucoup d’élus ont appelé, au lendemain des régionales, à une remise en cause de la pratique politique. En faites-vous partie ?

« Oui, mais je le faisais déjà avant. J’ai une part de responsabilité comme tout élu, mais j’appelle depuis très longtemps à une prise de conscience de la manière dont on fait de la politique. »

– C’est quoi faire de la politique autrement pour vous ?

« Ça peut passer par différentes choses. Il y a deux choses. Il y a l’art et la manière de gouverner, on est sur la forme. Ensuite, il y a les décisions pour atteindre un objectif. Là, c’est le fond. Sur la forme, on peut imaginer de nouvelles têtes, renouveler. J’en ai été bénéficiaire. »

– Mais en quoi passe ce changement pour qu’il y ait plus de reconnaissance envers les politiques ?

« Ce n’est pas tant une forme de reconnaissance qui est à l’origine de la fracture. Cette fracture, il faut la comprendre. Les personnes qui s’investissent en politique ne comprennent pas qu’il faut changer leur fusil d’épaule. La communication, la forme, c’est très important, c’est quasiment aussi important que le fond. Beaucoup de politiques vont vous dire il faut être plus au centre, plus à gauche, plus à droite . La question, aujourd’hui, n’est même plus là. Je pense qu’il faut véritablement savoir si on est capable de trouver des solutions aux problèmes. Les gens s’en foutent de savoir si on est à droite, à gauche ou au centre. »

– Les scores du FN à Armentières impliquent-ils une remise en cause personnelle même s’il y avait une dimension nationale ?

« Il ne peut pas y avoir de remise en cause personnelle à ce stade-là parce que justement, c’est une élection qui dépasse le cadre local. La mise en cause du politique à l’échelle locale ne peut être que minime. Je ne me sens pas la moindre responsabilité dans ce score puisque les intérêts sont ailleurs. »

– Reste l’abstention. Près d’un électeur sur deux, à Armentières comme dans l’essentiel des communes ne va plus voter…

« Mais c’est normal. Moi je le comprends. »

– Et vous pensez avoir une part de responsabilité ?

« Plus en tant qu’élu d’une formation politique qui devrait peut-être prendre encore plus en considération l’attente des gens. Quand on rencontre les gens, on essaie d’expliquer les choses. Vous avez une société qui est de plus en plus individualiste, les intérêts collectifs ont presque disparu. Avec la crise, nos marges de manœuvre se restreignent. La remise en cause est très difficile parce que la société ne souhaite pas se remettre en cause non plus. Nous, on doit être les aiguillons, et c’est là où on a pêché un peu parce qu’on n’est pas allé assez loin dans les réformes. »

À méditer!

 

 

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Published by le modérateur - dans infos politiques
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