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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 18:41

Le Premier ministre m'inquiète. Je ne crois pas être le seul à m'émouvoir de plus en plus de ce qu'on pourrait appeler son suicide républicain.

À l'approche des élections départementales qui, selon la dernière estimation, verront sans doute le FN et l'UMP-UDI quasiment à égalité et largement en tête par rapport à un Parti socialiste à la traîne, Manuel Valls ne sait plus où donner de l'indignation, de l'angoisse et de l'exacerbation. C'est de l'apocalypse au quotidien et si jamais le peuple français pouvait être tenté par la vigilance démocratique, il est évident que cette surenchère dans la dénonciation et cette hypertrophie verbale vont clairement le détourner d'attacher au FN l'importance qu'il mérite. Mais rien de plus.

Qu'on prenne la juste mesure de l'infinie publicité perverse qui est octroyée à ce parti, dans l'attente des départementales, et qu'on imagine ce qu'elle sera alors quand la joute suprême présidentielle sera à portée imminente du choix des électeurs!

Comment un premier ministre peut-il consacrer la bagatelle de trente minutes, dans une émission politique dominicale, à traiter du danger du FN -comme s'il ne risquait pas de devenir le premier parti de France mais d'être bien davantage: une sorte d'hydre qui va avaler, absorber la France toute crue- et à user de formules anxiogènes du genre: «J'ai peur que la France se fracasse contre le FN»?

La France est-elle un petit pays qui va s'effondrer parce que prétendument le fascisme serait à ses portes et que Marine Le Pen serait une sorte d'Hitler en jupons, avec 30 % de l'électorat constitués de malfaisants ou d'égarés? Quelle étrange confiance donner à sa nation confrontée à des épreuves et à des défis bien plus considérables, que de la supposer ainsi, pour les besoins d'une polémique ayant perdu toute efficacité à force d'être ressassée, faible, inerte, abandonnée, sans ressort, toute prête à périr parce qu'il y aurait «un grand méchant loup» à la fois licite et malfaisant qui serait aux aguets!

Comment, avec une telle conception du combat politique et une tactique aussi extravagante et ravageuse, s'étonner que les résultats de telles gesticulations s'avèrent demain totalement contre-productifs. Cette promotion que le Premier ministre ne cesse pas de faire au FN en prétendant le pourfendre est d'une aberration totale. On attend toujours vainement que de l'éructation et du tocsin agité sans trêve surgissent des solutions concrètes. Le seul qui à gauche a essayé d'en proposer pour favoriser «le redressement démocratique» contre le FN est le secrétaire d'État Thierry Mandon. Il a ouvert des pistes opératoires, ce qui est mieux que de mettre son pays en état de panique artificielle.

Cette frénésie de Manuel Valls est d'autant plus préoccupante, pour la masse de ceux qui le créditent d'une bonne foi même maladroite, qu'elle va aboutir à l'effet inverse. En effet, confronté au tableau abusivement sombre d'un naufrage inévitable si le FN gagnait les élections départementales, le citoyen sera inéluctablement conduit, par compensation, pour mettre un peu de mesure et de rationalité dans ce délire quasi quotidien, à minimiser le risque et à porter sur ce parti un regard moins sectaire, moins partial, plus ordinaire. Il répondra à l'apocalypse échevelée par une banalité reposante mais périlleuse. Ce ne sera pas sa faute mais celle d'un pouvoir ayant oublié que la République avait le droit d'être intelligente dans sa mobilisation, dans l'application de ses principes et de ses valeurs. Il faut être d'autant plus efficacement modéré, face à l'extrême, qu'il y a une déplorable et fréquente contagion par celui-ci.

Je n'évoque même pas le terrible discrédit que subira le Premier ministre si demain, comme il est probable, ses objurgations accompagnant les poncifs solennels du président de la République se révèlent vaines. Ainsi il aura à la fois amplifié la force de l'adversaire et diminué la sienne. Quelle perspective enthousiasmante pour un pouvoir dont l'horizon est déjà largement bouché!

Il y a surtout une indifférence lamentable à l'égard de la seule interrogation, vraiment démocratique elle, qui mériterait d'être posée. De l'unique question que le Premier ministre devait se formuler. Et si j'étais responsable, coupable? En face de cette «France qui risque de se fracasser contre le FN», -cela ne date pas d'aujourd'hui, mais depuis le mois de mai 2012 tout a été mal accompli pour que dans les registres économique, social et pénal, le FN ait toutes ses chances et ses opposants de droite ou de gauche aucune-, on aurait dû, on devrait entendre un mea culpa, une contrition, sinon un aveu d'impuissance, du moins l'expression d'un constat d'échec. Il ne suffit pas d'accabler Marine Le Pen, le FN et ses électeurs mais l'honnêteté élémentaire, fondamentale, avant d'incriminer une perversion extérieure, aurait été de fustiger son incompétence interne et ses erreurs intrinsèques. Le FN n'augmente pas par l'effet du Saint-Esprit mais à cause d'une politique qui prétend l'éradiquer mais grâce à de prétendus remèdes qui inévitablement le font grandir. Ce sont ces remèdes de gauche qui créent la maladie et celle-ci s'inscrit dans le débat démocratique. Pas ailleurs, dans un territoire écartelé entre diable et bon dieu, enfer et nirvana! La France est plus solide que ne le croient ceux qui la dirigent et n'a pas besoin qu'on augmente sa fièvre.

Et qu'on espère des orages qu'on semble prévoir avec tant de tristesse allègre qu'on se demande forcément si, pour la gauche, le FN est un mal ou une diversion. Une obsession ou un leurre. Une tragédie ou un piège.

Il serait dramatique pour la droite classique, par snobisme moralisateur et dévoiement démocratique, d'accompagner, dans ses excès, cette incandescence erratique, mal avisée. Que la gauche soit seule à perdre la tête! L'opposition n'a aucune raison d'être solidaire du premier ministre dans son suicide républicain.

Philippe BILGER, magistrat honoraire, vréateur de l'Institut de la Parole.

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Published by le modérateur - dans réflexions politiques
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