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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 18:31

La Macronéconomie existe !

 

Même si "Des paroles et des actes" (France 2) est une émission par moments très agaçante avec un animateur, David Pujadas, qui cherche à se raccrocher comme il peut aux séquences particulières la structurant, elle offre un inestimable privilège à qui est passionné à la fois par la politique et la psychologie.

Emmanuel Macron est un ministre qui sort de l'ordinaire. Encore aujourd'hui. J'espère qu'à force il ne va pas y rentrer.

Au bout de ces longs échanges avec, notamment, le Secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, forçant sa posture pour les militants, avec Benoist Apparu excellent et Florian Philippot surpris puis défait, Emmanuel Macron a montré une palette humaine, intellectuelle, pugnace et habile qui clairement ne fait plus de lui un "bleu", à supposer qu'il l'ait jamais été.

Pour ma part, j'ai toujours douté que les maladresses, les provocations que trop rapidement on lui imputait aient été les effets d'une malheureuse inexpérience. Au contraire, elles surgissaient d'un capital dont la force tenait à son extrême singularité. Ce ministre nommé de fraîche date n'était pas encore gangrené par le politiquement correct ni la convention d'un monde où les codes comptaient plus que les élans. Il affirmait tout haut ce qu'il pensait tout bas et tranchait dans un univers où appeler un chat un chat s'avérait une incongruité.

Emmanuel Macron a montré qu'il n'avait pas encore tout perdu de cette sincérité originelle même si la roublardise affleurait sous la délicatesse et la démagogie sous la conviction. Il n'empêche que sa personnalité n'a rien de comparable avec celle des socialistes brevetés.

Le reproche récurrent et absurde qui lui est fait d'avoir été banquier aurait justifié de sa part une réplique cinglante qui n'est pas venue. Seul Nicolas Sarkozy a eu droit à une pinte d'acidité bien méritée car l'ancien président était vraiment le plus mal placé pour s'aventurer, à charge, sur le terrain de l'argent.

J'ai apprécié surtout l'impression que n'a cessé de diffuser le ministre et qui était paradoxalement revigorante dans un climat où le pouvoir est déconsidéré et où les élections départementales vont sans doute confirmer sa déconfiture annoncée : Emmanuel Macron portait, avec une sorte d'enthousiasme aimable et chaleureux, cette certitude que le pire était passé, dépassé, qu'on s'avançait vers un avenir bien plus serein et que la conduite gouvernementale était cohérente. Ce n'était pas l'improvisation et l'urgence qui la gouvernaient.

Par la seule grâce de son intelligence et de son amateurisme de plus en plus fabriqué, il prodiguait de l'espoir et en tout cas ne nous faisait pas sombrer dans un défaitisme généralement sécrété par la réalité objective comme par la médiocrité même pleine de bonne volonté de tel ou tel de ses collègues.

Comme l'a très bien relevé Hervé Gattegno, son meilleur moment, et de loin, a été sa confrontation avec Florian Philippot. Alors que ce dernier n'est pas sans qualités dans les débats et que sa roideur péremptoire et enrichie par ses expériences médiatiques l'emporte souvent face à un contradicteur craignant d'en faire trop ou pas assez, Emmanuel Macron l'a dominé au point que le premier a été contraint de mettre en cause, chez l'autre, un énervement qu'il éprouvait lui-même parce qu'il était battu dans cette courte compétition de quinze minutes.

Ce qui a été remarquable de la part du ministre tient au fait qu'il a spontanément et avec talent indiqué le mode d'emploi qui devrait être suivi face au FN. Courtoisie mais vigilance. Opposer, aux généralités de l'aigreur, des dénonciations opératoires. En dehors d'une pique finale inutile - "vous n'aimez pas la France mais le déclin de la France" -, Emmanuel Macron a vigoureusement et d'une manière infiniment convaincante et pédagogique mis en pièces la notion de protectionnisme intelligent développée par Florian Philippot. Il a exposé comme cette conception apparemment de bon sens serait en fait redoutable et comme la France y perdrait des marchés, des emplois et de l'influence. Il réduisait à néant ce simplisme confortable du "il n'y a qu'à" par un décisif "on ne peut pas parce que".

J'ai rarement été aussi séduit par la prestation d'un ministre, aussi bien technique qu'économique, et de surcroît dans une joute qui était porteuse de tous les dangers. Trop, on l'aurait accusé de sectarisme. Pas assez, de complaisance. Il a su trouver le fond et la forme justes.

La Macronéconomie existe : je l'ai rencontrée et aimée.

Philippe Bilger

(magistrat puis avocat général,retraité, créateur de l'Institut de la Parole)

 

 

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Published by le modérateur - dans infos politiques
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