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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 10:06

Voici quelques éléments sur ce qu’on peut identifier comme de l’ « éducation populaire », au fil du temps en France.

Les Lumières et le rapport Condorcet

En 1792, Condorcet remet un rapport sur l’instruction publique. On peut y lire : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain des opinions de commandes seraient d’utiles vérités : le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves ».

 

1830, 1848, 1871

Les révolutions parisiennes de 1830 et 1848 ont mêlé sur les mêmes barricades étudiants (issus à l’époque de la bourgeoisie et de la noblesse), artisans et ouvriers. Ces insurrections vont entraîner la formation des premières grandes associations laïques d’éducation populaire : l’association philotechnique, l’association polytechnique(créée par les membres de l’école polytechnique et animée par Auguste Comte). En 1866, c’est la création de la Ligue de l’enseignement.

En 1871, la Commune de Paris affirme certains droits, parmi lesquels l’enseignement laïc et gratuit, et l’enseignement professionnel assuré par les travailleurs.

 

Trois courants d’éducation populaire au XXè siècle

Suite à cela, le XXè siècle a vu émerger trois courants et trois traditions :

  • La tradition laïque éducative
  • La tradition chrétienne humaniste
  • Celle du mouvement ouvrier

Le courant laïque est clairement issu de la tradition de Condorcet. L’instruction doit être accessible à tous, former les citoyens, et être prise en charge par la République. Pour Condorcet, il n’y a pas de démocratie du pouvoir sans démocratie du savoir.

Le courant religieux s’est structuré autour de la lutte contre la misère et le paupérisme.
Les protestants, sous l’influence du personnalisme, ont une vision identique du rôle de l’éducation dans la démocratie. Cette mouvance, orientée vers la problématique actuelle du « lien social », s’incarne aujourd’hui dans des formes d’accompagnement social qui visent à permettre de prendre soi-même sa vie en main. Ce courant rejoindra souvent le courant laïque.
Dans la tradition catholique, la morale doit guider la vie des hommes en société. Son action s’inscrit dans une problématique d’aide, d’assistance, d’exemplarité, de moralisation de la société. Le christianisme social lui assure dynamisme et influence autour de mouvements allant du scoutisme à la Jeune République, puis à la Démocratie chrétienne.

Enfin, la tradition de l’éducation dans le mouvement ouvrier est née au cours du XIXè siècle. Après la loi Le Chapelier, les syndicats sont interdits, mais le mouvement ouvrier crée des amicales, des mutuelles et des coopératives. L’anarcho-syndicalisme, à la fin du XIXè siècle, se demande s’il convient d’envoyer des enfants de prolétaires à l’école de la bourgeoisie de Jules Ferry, ou s’il faut préserver une culture et des valeurs propres à la classe ouvrière.

 

L’anarcho-syndicalime

Le mouvement ouvrier, très politisé au travers de l’anarcho-syndicalisme, réclame des bibliothèques dans les usines, des cours du soir en sus des formations dans l’atelier destinées à augmenter leur productivité : de l’économie, de la philosophie, de l’histoire.

La création dans chaque ville importante d’une Bourse du travail est très représentative de ce courant du Syndicalisme révolutionnaire. Pour Fernand Pelloutier, l’éducation est un prélude à la révolution :

« Ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur »

 

Le Sillon et le christianisme social

À la suite de la Commune de Paris, le journal Le Sillon devient l’organe d’un vaste mouvement qui réunit la jeunesse ouvrière et les fils de notables. Ce mouvement favorise également la formation de prêtres ouvriers. Ce mouvement se politise à partir de 1907. Les prises de position (contre l’exploitation professionnelle des femmes, etc.), les polémiques avec la gauche laïque comme avec la droit nationaliste, isolent le Sillon. En 1910, une lettre de Pie X condamne le Sillon, qui s’est ouvert à des non-chrétiens et échappe au contrôle des autorités ecclésiastiques. Le mouvement est alors dissous.

À la fin du XIXè siècle naîtront la JOC et la JAC.
En 1901, c’est la création des Instituts populaires, qui donnent des cours et des conférences publiques.
Après la première guerre mondiale, la première Auberge de jeunesse est créée en France.

 

Le Front populaire

L’élan de 1936 relance les mouvements d’éducation populaire, notamment grâce à l’action de Léo Lagrange, qui rejoint le gouvernement Blum.
En 1937 sont créés les CEMEA, d’inspiration laïque.
En 1938, c’est le Centre laïc des auberges de jeunesses laïques (CLAJ).

 

Sous Vichy

Le gouvernement de Vichy souhaite encadrer la jeunesse (entendue comme la classe d’âge des 20-30 ans) dans son idéologie : travail, famille, patrie.
Cette politique passe par trois dispositifs : les chantiers de jeunesse, les écoles de cadres ou écoles de chefs, et les maisons des jeunes.
Certains des jeunes intégrés dans ces dispositifs (Groupe Jeune France, les écoles de cadres, certaines Maisons de jeunes) vont passer à la Résistance et deviendront, à la Libération, les premiers instructeurs des animateurs de jeunesse. Ainsi, les Francas et Peuple et culture seront créés à partir de 1943 dans la clandestinité.

 

L’après-guerre

À la libération, les horreurs de la seconde guerre mondiale ont remis au goût du jour cette idée simple : la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s’apprend et s’enseigne. Pour être durable, elle doit être choisie ; il faut donc que chacun puisse y réfléchir. L’instruction scolaire des enfants n’y suffit pas. (Extrait d’un article de Franck Lepage à lire ici).

De 1944 à 1948, il existe au sein du gouvernement une Direction de l’éducation des adultes et de l’éducation populaire. Mais l’expérience ne dure que quatre ans, avant que cette direction ne fusionne avec celle des l’éducation physique et des activités sportives dans une Direction générale de la jeunesse et des sports.

La loi du 16 mai 1946 sur le Comité d’entreprise consacre le fait que c’est autour du travail dans l’entreprise que s’organisent les œuvres sociales des CE (culture, loisirs, vacances…). Le financement des œuvres sociales va permettre la naissance de Travail et culture, deTourisme et travail, proches de la CGT.

En 1959, c’est la création du ministère de la Culture, incarné par André Malraux. Mais l’éducation populaire reste au sein de la jeunesse et des sports. L’éducation civique des adultes est abandonnée. Sa transformation en Animation socio-culturelle rattachée au travail social et aux loisirs confirme cet abandon.
Par exemple, la pratique du théâtre amateur est restée une pratique d’éducation populaire et donc dépendant de la jeunesse, alors que le théâtre de « création » passe à la Culture, et est subventionné en tant que tel.

La période de l’après-guerre marque l’institutionnalisation de l’éducation populaire. L’État commence en effet à construire des infrastructures (MJC…) et à subventionner des associations pour les faire tourner. L’État devenant le « payeur », la dimension militante de l’éducation populaire commence alors à s’effriter.

 

De 1968 à la naissance de l’animation socio-culturelle qui se réclame de la neutralité politique

Les années 60 et 70 voient le développement du courant autogestionnaire et du courant maoïste des établis.

1968 exprime la critique de la culture élitiste. Le 25 mai, les directeurs des Maisons de la culture publie la Déclaration de Villeurbanne :

« C’est pourquoi tout effort culturel ne pourra plus que nous apparaître vain aussi longtemps qu’il ne se proposera pas expressément d’être une entreprise de politisation : c’est à dire d’inventer sans relâche, à l’intention de ce non-public, des occasions de se politiser, de se choisir librement, par-delà le sentiment d’impuissance et d’absurdité que ne cesse de susciter en lui un système social où les hommes ne sont jamais en mesure d’inventer ensemble leur propre humanité »

À la suite de mai 68, l’exigence de transformation sociale est forte. Mais après la crise pétrolière de 1973, l’éducation populaire perd de sa force en même temps que le chômage se développe. Les années 1970 voient la naissance de l’animation socio-culturelle, qui se réclame de la neutralité politique en se professionnalisant. L’animation oublie la critique de l’action, la formation à la démocratie.

Dans les années 1970, on assiste ainsi à une professionnalisation de l’éducation populaire. Des diplômes sont exigés pour pouvoir travailler en tant qu’animateur : c’est la fin des militants et de la promotion interne. Par ailleurs, les dirigeants des structures sont désormais des professionnels : ils ne sont plus qu’exceptionnellement des « premiers concernés ».

Dans les années 1990, c’est l’ère de la technicisation de l’éducation populaire. Jusque là, un animateur faisait de tout, le but étant de créer du collectif et du politique. Désormais, les animateurs sont spécialisés sur une activité ou une autre : le moyen (la poterie) devient donc la fin, et la fin (le collectif et le politique) est oubliée.

 

Années 2000, renaissance de l’éducation populaire

En 1998, Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, initie les « Rencontre pour l’avenir de l’éducation populaire ». À l’issue des rencontres, elle lance une « offre publique de réflexion sur l’éducation populaire », qui mobilise de très nombreux groupes de travail. Si ces travaux n’ont pas été reconduits par le gouvernement suivant, la dynamique a lancé un mouvement de renaissance de l’éducation populaire.

Cependant, les années 2010 voient la toute puissance de la logique de projet. Or, comme le dit Julien Talpin (lire ici) : le système de financement par projet est extrêmement pernicieux puisqu’il sape, presque structurellement, les conditions de réussite de l’empowerment. Alors que celui-ci nécessite du temps et de la répétition, la pèche à la bourse requiert à l’inverse d’innover en permanence et de mettre en place de nouvelles actions.

 

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Published by le modérateur - dans INFOS DIVERSES
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