Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Aimer Béthune
  • Aimer Béthune
  • : Le blog d' "Aimer Béthune" : infos diverses sur la vie béthunoise et tant d'autres choses...
  • Contact

Recherche

8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 17:50

 L’UMP devait le marginaliser et l’UDI l’achever. Mais François Bayrou est toujours debout.

François Bayrou. Droitier de tronche, de verbe, de mémoire, son flirt avec la gauche ne pouvait tourner qu'au fiasco. Photo © AFP

En France, depuis la retraite de Giscard, le centre s’incarne en la personne de Bayrou. C’est un fait. On peut détester Bayrou. On a le droit de lui reprocher des choix inconsidérés — et singulièrement son soutien à Hollande lors de la dernière présidentielle. Une seule excuse à sa décharge : la droite voulait sa peau, il a réagi en assiégé. L’UMP a été conçue pour le marginaliser, l’UDI pour l’achever. Peine perdue : Bayrou reste dans le paysage. Mieux vaut l’admettre.

Récemment j’étais à Pau où il organisait des rencontres littéraires. Pau, son terroir depuis toujours, son fief depuis les dernières municipales qu’il a remportées en renouant avec la droite. Car, à son coeur défendant peut-être, son tropisme profond le ramène dans ce camp. Sa tronche, son verbe, sa mémoire sont droitiers. Symbolisé par la drague burlesque de Ségolène sous ses fenêtres en 2007, son flirt avec la gauche ne pouvait tourner qu’au fiasco. J’ai retrouvé le Bayrou enjoué qui récite des vers de Hugo avec une gourmandise toute béarnaise. Ou navarraise, comme on voudra. Pau s’honore d’avoir donné à la France le roi Henri IV, le poète Toulet, les vins de Jurançon et le rugbyman François Moncla, autre roi dans son genre. Bayrou fait la synthèse approximative : provincial enraciné (fils d’agriculteurs) et quelque peu cabochard, catho pratiquant (mais imbu de laïcité et intéressé par les spiritualités orientales), cultivé à l’ancienne mode (agreg de lettres), épicurien.

Il y a moins d’un an, on le conjuguait au passé, et il faut reconnaître qu’il l’avait bien cherché. Voilà qu’il réapparaît, dans une position assez stratégique grâce à son alliance avec Juppé, et il est pour l’heure la meilleure arme du maire de Bordeaux et un gros souci pour Sarkozy. Car si Juppé perd son duel, Bayrou se présentera en 2017, obligeant Sarkozy à aller racoler dans l’électorat de Marine Le Pen ce qui lui manquera au centre, au risque de se faire doubler par le candidat socialiste. Tandis que si Juppé l’emporte, Bayrou sera à ses côtés, avec dans sa musette des voix flottantes entre droite et gauche. Mais alors un boulevard s’ouvrira devant le FN et un “front républicain” juppéiste voué à l’endiguement de ce parti provoquera une grande frustration, la France dans ses profondeurs ayant viré de bord.

Du coup une autre hypothèse vient à l’esprit : le double suicide de Juppé et de Sarkozy. Le soir où je retrouvais Bayrou à Pau, des militants sarkozystes conspuaient Juppé à Bordeaux. Mauvais débuts pour une campagne au long cours qui promet de tourner au pugilat de cour de récré… et de démonétiser les deux belligérants. Déjà s’exprime ici et là une lassitude proche de la saturation, et l’opinion peut être tentée de miser sur un cheval plus frais. Bayrou, Fillon, Le Maire ou un autre. Ou bien une autre : Marine Le Pen a des munitions en réserve. Mais la longue pénitence de Bayrou l’a en quelque sorte “revirginisé” et, comme les aspirations des électeurs de droite vont très au-delà de réformes libérales (par ailleurs nécessaires), son pedigree et sa personnalité ont de quoi leur plaire : pas parisien, pas techno, pas show-biz, hors système UMPS. Quatre atouts maîtres par les temps qui courent. En tout cas Bayrou existe et ce qu’il incarne — consciemment ou pas, peu importe — n’est nullement accessoire. Juppé en a pris acte. Si j’étais Sarkozy, j’éviterais de le faire huer.

Partager cet article

Repost 0
Published by le modérateur - dans réflexions politiques
commenter cet article

commentaires