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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 09:46

Pour son émission-bilan de mi-mandat, François Hollande avait décidé d'endosser tous les costumes. Hollande intime, Hollande conseiller Pôle emploi, Hollande vendeur chez Darty. Le président en phase de reconquête avait promis du sur-mesure. Ce fut du prêt-à-porter.

 

Englué dans une impopularité abyssale, Hollande avait quatre-vingt-dix minutes d’émission pour se refaire. Le dispositif imaginé par TF1 avait un caractère exceptionnel. Une émission pensée pour faire rester les Français devant le poste, TF1 allant jusqu’à abandonner sa sacro-sainte page de pub. C’est dire si la chaîne du groupe Bouygues a le sens du sacrifice. 
  
Même Gilles Bouleau semblait se soucier personnellement de l’image véhiculée par ce président mal connu de ses concitoyens. « On a construit l’émission en se demandant si les Français connaissent bien leur président de la République » avouait le présentateur du 20 heures dans un reportage promotionnel sur le site de TF1. 
  
Pour se mettre au diapason, Hollande a lui opté pour la stratégie du caméléon, endossant face à chaque interlocuteur un costume différent. Du camouflage sur mesure pour mieux — ou moins — se dévoiler.     

  
Pour révéler le vrai François aux vrais Français, TF1 avait sorti son arme secrète : Thierry de Maizières, le journaliste préposé à l’intime, Mireille Dumas sans le pathos. S’adresser aux Français en commençant par parler de soi, le choix pouvait paraître audacieux mais Hollande n’a plus rien à perdre et après tout quand on ne peut plus parler du fond et qu'on le touche (le fond), on s'attache à l’écume. La pluie, les ex, les paparazzis, Hollande a eu du mal à jouer le jeu, avouant quand même une certaine appétence pour la tournée des bistrots ! 
  
Puis ce fut donc le tour du panel des Français, le pack « vrais gens » avec ses vrais problèmes. Un classique, désormais, de la communication politique quand il n'y a plus rien à espérer. Comme si s’adresser aux Français devait forcément se concrétiser par un dialogue télévisé en face-à-face avec le « Français » dûment sélectionné. 
  

Hollande a d’abord joué le rôle du conseiller Pôle emploi face à Joëlle, 60 ans, au chômage, interrogeant son interlocutrice sur son parcours professionnel. Puis ce fut un François Hollande dans la peau du conseiller d’orientation face au jeune Hassen, lui aussi sans emploi, avant de retrouver un président beaucoup plus à l’aise dans un rôle qu’il n’aurait peut-être jamais dû quitter, celui de conseiller général. Pour sauver l’Education nationale, c’est enfin en conseiller produits de chez Darty qu’Hollande s’est mué, tenant peu ou prou ce discours : 

« Je vous propose la tablette, c’est bien, c’est numérique, c’est moderne, c’est moins cher qu’un prof. On peut donner des cours à distance. Vous avez deux systèmes d’exploitation iOS ou Android. C'est l'Etat qui paye ».  
  
Comme souvent dans ce genre d’exercice, voué à l’échec, le dialogue s’est avéré totalement infructueux, le volontarisme affiché du président se heurtant toujours à une réalité fugitive, malgré une habileté certaine à retourner ses interlocuteurs. 
  

C’est au moment de parler " politique" comme dit si bien Yves Calvi, que l’on a retrouvé Hollande à son meilleur. En commentateur, tel un observateur aiguisé mais totalement extérieur au système. L’émission qualifiée de "décisive" laisse sur sa faim, autant sur le fond que sur la forme, et nous interroge sur la croyance irrationnelle de nos dirigeants dans les vertus souveraines de la communication quand la situation politique est désespérée. François Hollande en voie de « sarkozysation » ? C’est dire combien l’horizon est bouché. 

 

 

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne

 

 

 

"La vérité est implacable. On s’était engagé à lutter contre les discriminations, Hollande a renoncé. On s’était engagé à contrôler la finance, il a renoncé. On s’était engagé à préserver les intérêts européens, il se lance dans le traité de libre-échange avec les Américains... Mais la plus grande des fautes est d’avoir renoncé à la transformation démocratique de la France et d’avoir renforcé la confiscation politique du pouvoir". 

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Published by le modérateur - dans infos politiques
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